Mouvement Martin Luther KINGLomé, le 16 Aout 2013

ZONE FRANCHE OU ESCLAVAGE DES TEMPS MODERNES ?

    Il  n’est de secret pour personne que la situation des conditions de travail et de vie des employés de la Zone Franche au Togo ressemble à une exploitation humaine ou à un  esclavage des temps modernes. Malgré les appels répétitifs des organisations des droits humains dénonçant les violations flagrantes des cahiers des charges portant statuts de société de Zone Franche et le refus catégorique des opérateurs économiques  de respecter les contrats et la convention collective et cela  au grand dam et avec la complicité active du gouvernement Togolais ou du moins des autorités en charge notamment le Ministère des Mines , celui des Zones franches et la Direction Générale de Société d’Administration de la Zone Franche . Par cette passivité et cette indifférence des dirigeants face aux souffrances des compatriotes, ces derniers sont sacrifiés sur l’autel des appétits gloutons d’un groupe mafieux qui verrouille le secteur et s’enrichit illicitement à leur détriment.

    En effet, la situation dans les sociétés de la zone franche au Togo en général et à WACEM en particulier est critique et alarmante. Travailler dans la Zone Franche, n’a rien à envier aux travaux forcés sous la forme de l’esclavage moderne. Car les gens travaillent beaucoup, durs dépassant les heures conventionnelles mais leurs salaires atteignent difficile la planche du SMIG (35.000FCFA) par mois. Par exemple, avec 8Heures de travail pour un salaire journalier de 1200F à raison de 150F par heure ; ou ailleurs, 8Heures de travail pour un salaire de 800F à raison de 100F par heure …. . Dans cette pléiade d’injustices  et  d’atteintes  aux droits humains, les opérateurs économiques notamment les employeurs indiens sont indifférents et souvent en complicité avec les nationaux ‘’les tacherons ‘’, les dérives et les dérapages ne font qu’augmenter et persister.

      Devant ce tableau sombre de violations des droits des citoyens, il est inadmissible que  les dirigeants  qui se disent être élus par les populations laissent  le sort de ces dernières  dans les mains de leurs bourreaux. Pour  le Mouvement Martin Luther KING, on est en droit de clamer haut et fort  aujourd’hui que les problèmes et les préoccupations des Togolais ne les concernent pas.

  Une enquête dans les  sections affiliées  à WACEM  notamment PAPER BAGS , nous a permis d’avoir des témoignages des ouvriers  dont voici :

TEMOIGNAGES DES OUVRIERS DE PAPER BAGS (WACEM)

«  dans la plupart des sections ,nous travaillons auprès des machines à risques ( perte des doigts ,des bras ,des blessures à la têtes ,au pied ,aux pieds et autres ; sans mesure de sécurité :casques ,chaussures ,gans et lunettes ….Il en est de même pour les électriciens qui travaillent sur une haute tension de 600 ampères sans ceintures de sécurité et consorts .Les pièces de rechanges des différentes machines sont vétustes . Les électriciens, les mécaniciens et les opérateurs sont obligés de fabriquer eux-mêmes ces pièces de rechanges pour faire fonctionner les machines mais ils ne sont reconnus à leur juste valeur .En attendant leurs arrivées tardives, la situation se complique davantage avec les fréquences des pannes. On n’a pas le temps de s’asseoir ; à peine 2 heures pendant  8 heures de travail. Donc tout le travail s’effectue debout .Ce qui fait que nous souffrons souvent des maux de reins, de tête, de ventre, de rhumes à cause du gaz et de la poussière dégagée par les machines .Nous souffrons aussi du vertige  et de l’anémie. En cas de maladie, les traitements sont limités aux premiers soins avec paracétamol, médicaments et injections de moindre cout.  Les accidents de travail ne sont pas pris en charge ni indemnisés et ils se comptent par milliers et la plupart  sont aujourd’hui des handicapés. En état d’incapacité et d’invalidité dument constaté par un médecin, les gens sont purement et simplement licenciés. Au sein des usines, la chaleur est vive en permanence mais aucune n’est pas prise pour aérer les lieux et procéder au contrôle médical régulier des employés comme les employeurs le font régulièrement eux-mêmes. Lorsque les quelques rares ventilateurs qui y travaillent, tombent en panne,  faut des jours voire des mois pour les réparer et nos activités se produisent dans les fournaises ardentes dans lesquelles tout le monde transpire. Les usines fonctionnent sans interruption jour et nuit y compris éventuellement les dimanches et les jours fériés. Mais nos activités sont rémunérées comme les jours ordinaires et ouvrables ; ce qui est contre le code du travail et la convention collective interprofessionnelle .Il faut vous dire que les travaux nocturnes sont très pénibles et atroces ;nous arrivons difficilement à fermer les yeux . Lorsque nous refusons de le faire, nous sommes sévèrement sanctionnés avec diminution de salaire voire licenciement .Il y a des machines qui font des bruits assourdissants, forts provoquant des vibrations qui rendent sourds et probablement des candidats à l’hypertension ou à l’hypotension  à l’avenir. Nous sommes obligés par nos employeurs à faire les heures supplémentaires qui sont mal rémunérées alors qu’il faut les  primes de nuit et la majoration de nos dus horaires au taux et demi. Nous n’avons pas de congés payés. Le temps minimal  de travail par semaine  dans l’usine est de 48 heures  mais nous faisons au delà 56h, 60h voire 72 h .Malgré tout, à la fin du mois, nous nous retrouvons au dessous  du SMIG. La preuve, nous allons au travail à vélo et à pieds. Notre situation est plus que de l’esclavage ; nous revendiquons un début d’application de la convention collective sectorielle de la zone franche notamment la classification professionnelle, le salaire de base convenu,  un contrat de travail en bonne et due forme et la déclaration à la caisse nationale de sécurité sociale.  Il est important de rappeler que nos  superviseurs Indiens ne maitrisent pas  le fonctionnement des machines mais sont mille fois mieux  payés plus que nous.

  Nous demandons à l’Organisation Internationale du Travail, au Bureau International du Travail aux organisations internationales et nationales de défense des droits de l’homme de nous venir au secours car nous ne vivons pas à la zone franche mais nous vivotons …… » .

Ces témoignages sont complétés par un  sinistre et accablant tableau  de grille salariale selon les catégories d’employeurs

 

Catégories d’employeursTaux  par heureHeures de travail 8 hHeures de travail 12 h
1.électricien2.électricien

3.électricien

4. électricien

250F /Heure225F /Heure

200F/heure

175F/heure

2000FCFA1800FCFA

1600FCFA

1400FCFA

3000F CFA2700FCFA

2400FCFA

2100FCFA

1. mécanicien2. mécanicien

3. mécanicien

4. mécanicien

275FCFA /heure250FCFA  /heure

225FCFA /heure

210FCFA/heure

235FCFA/heure

2200FCFA2000FCFA

1800FCFA

1680FCFA

1880FCFA

3300FCFA3000FCFA

2700FCFA

2580FCFA

2820FCFA

1. Opérateur2. opérateur

3. opérateur

4. opérateur

5. opérateur

6. opérateur

235FCA / heure200FCFA/ heure

200FCFA/heure

175FCFA /heure

150FCFA /heure

200FCFA /heure

1880F CFA1600FCFA

1600FCFA

1400F CFA

1200FCFA

1300FCFA

2820 FCFA2400FCFA

2400FCFA

2100FCFA

1800FCFA

11950FCFA

1. aide opérateur2. aide opérateur

3. aide opérateur

4. aide opérateur

200FCFA/heure150FCFA/heure

125FCFA/heure

143,5/heure

1600FCFA1200FCFA

 

100FCFA

1.150FCFA

 

2400FCFA1800FCFA

1500FCFA

1720FCFA

Laborantins164FCFA/ heure1300FCFA1950FCFA
Travail des femmes100FCFA800FCFA1200FCFA

Tout être humain ayant une conscience ne peut avoir que de la peine à commenter ce sinistre et accablant tableau de grille salariale des employés de WACEM. Ces derniers  déclarent payer aussi de la taxe sur salaire de 18%  sous forme d’impôt  qui varie d’un employé à un autre. La Société WACEM n’est qu’un échantillon révélateur des dérives, des abus et des violations des droits humains dans les sociétés de la zone franche au Togo. La situation des employés de ce secteur n’est meilleure nulle part.

Toute porte à croire eu égard à ce qui précède  que la zone franche au lieu d’être pourvoyeur d’emploi pour résorber le chômage  sous lequel croupit la jeunesse togolaise, devient plutôt une source de misère et d’énormes entraves à l’épanouissement de notre société. Il est donc regrettable que ce secteur soit mis à contribution uniquement  pour assouvir les ambitions égoïstes et démesurées  d’un groupuscule à la solde des opérateurs économiques véreux et insatiables.

Comment renverser aujourd’hui  la tendance pour  faire  de zone franche un vivier d’emplois  pour alléger la souffrance de nos compatriotes ? Comment faire pour que les différents textes et lois qui régissent les sociétés de la zone franche et confèrent aux employés des droits,   soient effectivement respectés par les employeurs ?  L’histoire est la longue et  tragique illustration du fait que les groupes  privilégiés cèdent rarement leurs privilèges  sans être contraints. Aussi, avons –nous appris douloureusement que la liberté  n’est jamais accordée de bon gré par l’oppresseur, mais elle doit être exigée par l’opprimé.

C’est donc un devoir moral qui s’impose à nous pour combattre l’injustice, l’inégalité et les disparités qui ont cité de droit dans notre société.

Les traitements inhumains, dégradants et cruels qui sont infligés à nos compatriotes  dans les sociétés de la zone  franche au Togo, doivent nous interpellent tous à des actions immédiates en signe de solidarité avec les victimes  pour le triomphe de la justice, du droit et de la dignité pour tous. Car les entraves et les violations des droits de l’espèce humaine  relèguent cette dernière à l’animalité ; ce qui n’est pas de nature à garantir l’épanouissement de l’humanité. Ce combat est universel et relatif aux droits  de l’homme dans le droit international.

     La situation atroce et dramatique qui est développée et entretenue par ces opérateurs économiques   togolais et étrangers dans la zone franche  de complicité active avec les autorités togolaises, ne doit pas être négligée ni minimisée.  Le présent rapport doit être pris en compte et traité minutieusement par tous les organismes et organisations dont relève la dignité humaine.

ATTENTION ! L’ESCLAVAGE SOUS SA FORME MODERNE EST A L’ŒUVRE DANS LES SOCIETES DE LA ZONE FRANCHE  AU TOGO !

Le Président,

Pasteur EDOH K.KOMI

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B.P. 8726 Lomé – Togo, Tél :(+228) 22 32 55 72     Cel : (+228)  90 04 17 25 /  99 47 35 84

E-mail :komiedohkossi@yahoo.com ;     maluking662@yahoo.com

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