Demba Moussa Dembélé

Demba Moussa Dembélé

«La création d’une monnaie unique au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) est inéluctable». C’est l’assentiment de l’économiste Demba Moussa Dembélé, président de président de l’Africaine recherche et de coopération pour l’appui au développement endogène (Arcade). Il s’exprimait les 24 et 25 septembre derniers, lors d’un atelier avec la presse économique autour du thème «Lever l’hypothèque de la Zone Franc et créer les conditions de la souveraineté monétaire en Afrique».

De 1939, date de la création de la zone franc, cet espace a connu 9 modèles de développement économique dictés par l’Occident qui, en définitive, ont tous lamentablement échoués, laissant en place les 15 Etats de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans un dénouement total avec des capitaux fébriles.

Toutes ces politiques socioéconomiques morbides initiées et dictées de l’Extérieur, notamment les politiques d’ajustement structurelles (Pas) doivent pousser les dirigeants africains à prendre leur destin en main, en s’appuyant de la déclaration de l’ancien Premier ministre Français Edouard Balladur, qui, dans le journal Le Monde, du 9 février 1990 disait: «La monnaie n’est pas un sujet technique, mais politique, qui touche à la souveraineté et à l’indépendance des nations», a soutenu l’économiste Demba Moussa Dembélé, président de l’Africaine recherche et de coopération pour l’appui au développement endogène (Arcade), lors d’un atelier de deux jours avec la presse économique autour du thème «Lever l’hypothèque de la Zone Franc et créer les conditions de la souveraineté monétaire en Afrique».

Ainsi, selon lui, «en Afrique de l’Ouest, ce sont les dirigeants des pays membres de la zone franc qui freinent le processus visant à créer une monnaie unique au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui regroupe 15 pays et compte quelque 300 millions d’habitants. Mais, après plus d’un demi-siècle d’échecs, il est temps de ranger le franc Cfa au musée des antiquités et créer les conditions de la souveraineté monétaire».

Etayant ces propos, il affirme que: «Sur le plan économique et social, les pays africains membres de la Zone Franc ont enregistré un très médiocre bilan au cours des 50 dernières années. Par exemple, sur les huit (8) pays membres de l’UEMOA, sept (7) sont des « pays moins avancés » (PMA) selon les Nations-Unies, et l’autre, la Côte d’Ivoire, est classée comme ‘’pays pauvre très endetté’’ (Ppte) par le Fmi.

Pourquoi une monnaie

Parti des trois fonctions de la monnaie que sont l’unité de compte, l’intermédiaire des échanges, et la réserve de valeur pour légitimer les fondamentaux, surtout sa valeur aux yeux des utilisateurs, il soutient que «l’exclusivité de l’émission de monnaie par l’Etat est aussi liée au fait que la monnaie est un symbole de souveraineté, un symbole renforcé par sa nature de bien collectif et ses dimensions sociales et politiques».

«Ceci explique, entre autres, que la monnaie, tout comme le drapeau ou l’hymne national, fait partie des symboles qui expriment la souveraineté et la volonté d’indépendance d’un pays. Et cette souveraineté ne peut être octroyée: elle se conquiert de haute lutte», a-t-il estimé. Par conséquent dira-t-il: «Au regard de ce qui précède, la zone franc et le franc Cfa sont le symbole d’une souveraineté confisquée, des instruments de domination et des freins au développement des pays africains, comme on le verra dans la section suivante sur la zone franc», a-t-il étayé.

Evoquant l’urgence et l’importance de créer une monnaie unique dans l’espace Cedeao, il avance que: «La parité est fixe entre les monnaies de ces pays et l’euro, sans limitation de montant. Par conséquent, les monnaies à l’intérieur de la zone sont convertibles entre elles à parités fixes, la garantie de convertibilité illimitée du Trésor français pour les monnaies émises par les différents instituts d’émission africains de la Zone Franc, la libre transférabilité à l’intérieur de la zone, et la centralisation des réserves de change.

En effet, en contrepartie de la ‘’garantie’’ de convertibilité illimitée du franc Cfa par la France, les Banques centrales africaines sont tenues de déposer 50 % de leurs avoirs extérieurs nets sur des comptes d’opérations ouverts au niveau du Trésor français», a-t-il déploré.

Jean Pierre MALOU | 30/09/2014

Source : http://www.sudonline.sn/la-zone-franc-agite-le-debat_a_21019.html

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