Pierre S. Adjété

Pierre S. Adjété

Nous sommes mieux renseignés sur la manière dont les dernières dictatures africaines finiront par finir : par surprise et au moindre vent. Tellement que ces gens-là tenteront eux-mêmes des coups d’État pour revenir au pouvoir; par détournement de sens, ils hasarderont des médiations par des pairs pour tromper la vigilance des peuples et se ménager des roues de secours.

Nous avons appris à reconnaître toutes ces réformes de manigance qui ne sont que des fuites, des recels et des refus de démocratie, ces excès de vertu qui ne sont que des châtiments et des damnations politiques, cette pléthore de divertissements et de voyages qui ne sont que des détournements d’attention et de ressources, cet invouloir démocratique qui confond l’avenir au passé, au détriment de l’universelle loi de la relativité et aidé en cela par quelques personnages de génie douteux, fermés à tous les indicateurs de l’insuccès.

Peu importe! Sous leur gouverne nous ne voyons qu’inquisition et aucune idée juste : le juste prix, le juste milieu, le juste saut, le juste salut.

Pour Nous, Togolaises et Togolais, une décadence qui s’étale pour si longtemps s’est volontairement écartée de la raison pour n’emprunter que les voies du chaos. Délibérément, les leçons mal apprises, ici et là, en familles et en facultés, bouchent l’immensité des occasions, des capacités et des enthousiasmes.

Malheureusement, la courbe décrite par les tirs de sommation ne s’achève pas loin, là-bas à l’horizon; elle finit au beau milieu d’un pays entier devenu le nulle part de tout, précisément sur les lieux mêmes du mausolée, là où une jeunesse a été ensevelie par l’abandon, l’insouciance et l’incompétence de ses dirigeants : le tout et le rien, l’alpha et l’oméga, l’État Patapa.

Il faut remettre le Togo en selle, remettre le pays en scène démocratique.

Il faut restituer à la République, le fondement de toute responsabilité publique : l’éthique.

Il faut rendre aux Togolaises et aux Togolais, ce qui appartient au Togo : le Travail, la Liberté, la Patrie.

Cet amour frelaté non-partagé agace, et pire encore, il ne peut durer trop longtemps sans porter un coup de grâce fatal à l’imposteur; celui-ci est déjà sans nom et à côté de l’histoire, jamais de son temps, toujours incapable de parole et de sincérité.

Oui, depuis la chute de Blaise Compaoré, nous sommes mieux renseignés sur la manière dont les derniers dictateurs africains finiront par partir : au moindre soubresaut et par surprise. Tellement qu’ils risqueront eux-mêmes le désordre et la division pour tenter de se faire regretter; et alors seulement, le silence des agneaux longtemps sacrifiés autant que l’indifférence des anciens partisans leur feront comprendre la valeur de la démocratie et de la réconciliation comme leur seule sortie de secours. Et en peu de temps, la République ressuscitera, la Nation rejaillira, fière et digne de son Renouveau. PA.

 

Pierre S. Adjété

psadjete@yahoo.ca

3 janvier 2016

3 janvier 2016. © adjete.com

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