Godwin TETE

« Quand on n’est pas d’accord, on dit non »

Ahmadou Kourouma

« You  are  your  brothers’s  keeper  »  [«  Tu  es  le gardien de ton frère» (et réciproquement)]
Proverbe anglais

PROLOGUE

Là où il est question de Démocratisation en Afrique postcoloniale, le débat tend très vite à se focaliser sur les rôles respectivement joués par les roitelets nationaux et les interventions exogènes – notamment celles de la Françafrique … Et nous sommes naturellement portés à exagérer quelque peu la Pesanteur de la Néocolonisation et à minimiser (!) outre mesure   les   manquements    toutes   catégories   confondues   de   « nos » dirigeants postcoloniaux.

Certes, la part du monde non-africain dans le retard actuel de l’Afrique sur la voie de la « montée en humanité » (Achille Mbembe) n’est plus à être démontrée [Cf. mon ouvrage ” La Question Nègre. Parlons-en Encore “. Ed. L’Harmattan, Paris, 2013]. Cependant, la Question Néocoloniale , elle aussi, ne saurait être résolue que par nous à qui elle est posée (!!!), et par nous seuls (!!!).

Voilà pourquoi, à mon humble avis, le  rôle  premier  (!!!), fondamental (!!!), de « nos » roitelets postcoloniaux devrait consister à instruire (!), à conscientiser (!), à mobiliser (!!!) nos masses populaires pour la lutte finale … Mais que voyons-nous ? ! De toute évidence et à une infime minorité près, nos roitelets postcoloniaux ont radicalement tourné le dos à l’État de droit et résolument adopté la « Politique de l’Égocentrisme ».

À cet égard, dans la soirée du 14 octobre 2016, traitant de la situation politico-sociale actuelle du Burundi, Radio France Internationale (RFI) nous a fait écouter la voix de Son Excellence M. Idriss Déby, Président de la République du Tchad et Président en exercice de la Commission de l’Union Africaine. Lequel Président (à un double titre !)

–       nettement   et   clairement   (!)   –   proclama,   en   substance,   les   deux magistrales thèses suivantes :

Primo, les autorités « officielles » au jour d’aujourd’hui aux affaires au Burundi ont raison ; il convient donc de leur laisser la paix … Car si la Constitution de ce pays a bel et bien limité le nombre de mandats présidentiels à deux, elle a soumis l’accès à la magistrature suprême à une élection au suffrage universel. Or, le premier mandat de M. Pierre Nkurunziza n’a pas découlé d’un suffrage universel (!!!).

Secundo, ce sont les interventions d’origines exogènes qui causent les troubles internes. Foutons donc la paix (!!!) à M. Pierre Nkurunziza ainsi qu’à ses suppôts un point, un trait.

En somme, le troisième mandat présidentiel de M. Pierre Nkurunziza qui, d’ores et déjà, aura fait trembler – inutilement (!!!) – la terre burundaise, serait, selon M. Idriss Déby, sans aucun doute légitime. Ensuite, les innombrables (!!!) et inqualifiables (!!!) dégâts occasionnés par ledit tremblement de terre ne seraient que le fait d’interventions extérieures (!).

Alors, pour ma pauvre part, je souhaite obtenir la permission de me poser ici quelques interrogations relativement à ces deux lumineuses thèses soutenues par notre honorable (!) dirigeant, sur des antennes aussi universelles (!!!) que celles de Radio France Internationale.

I.  DE L’ESPRIT ET DE LA LETTRE DES LOIS

L’immense érudit français qu’était Edouard Herriot aimait à dire :

« La culture, c’est ce qui reste lorsqu’on a tout oublié ». C’est ainsi que je me rappelle parfaitement avoir, dans ma jeunesse, au Quartier Latin, trimballé ma bosse sous les arcades du bâtiment de la Faculté de Droit de l’Université de Paris. Ce qui en reste est que nos Professeurs insistaient énormément sur la nécessité cruciale  (!!!)  qu’il  y  a  à  distinguer l’Esprit (!!!) de la Lettre (!!!) des Lois. En effet, il se pourrait et il arrive des fois que la lettre trahisse carrément (!), ou du moins prête à confusion quant à la Volonté réelle, authentique du législateur …

Voilà pourquoi, le cas échéant, il s’avère indispensable de consulter les archives des séances au cours desquelles un texte (ou une loi) a été élaboré (e) et adopté (e). De ce point de vue, mon interrogation est la suivante   :   « Quelle   était   donc   la VOLONTÉ   RÉELLE ” des Constituants lors  de  l’adoption  de  l’actuelle  Constitution burundaise ? ! » Pour ma part, je donnerais ma tête à couper qu’elle était assurément (!!!) ceci : ” QUE NUL NE (!!!) SAURAIT, EN AUCUN CAS,

EXERCER PLUS DE DEUX MANDATS “. Pour la simple raison que ce fut cette même Volonté qui prévalait dans tous les États africains francophones lors des Conférences Nationales Souveraines (CNS) qui suivirent le Sommet franco-africain de La Baule (19-21 juin 1990).

En tout état de cause, l’imprécision textuelle de la Constitution ne saurait vouloir dire (!!!) qu’un ” troisième mandat ” se trouve automatiquement (!!!) permis …

Quant au « Référendum », tout le monde sait pertinemment ce qu’il signifie (!) en Afrique francophone postcoloniale …

II.    DES SOURCES ENDOGÈNES ET/OU EXOGÈNES DE TROUBLES : DES ŒUFS AVANT ET/OU APRÈS LES POULES ?!

Plus  prosaïquement  exposée,  l’interrogation  se  ramène  à  ceci :

« L’œuf et la poule, lequel est antérieur à l’autre ? ! » Plus explicitement encore dit : « Les causes d’origines endogènes, et celles de sources extérieures, lesquelles occasionnent les autres ? ! »

On raconte qu’un jour Anatole France se trouvait sur un bateau qui voguait sur un océan. De ce navire – à la ligne – on pêcha un très très gros poisson. On éventra ce poisson et on en trouva un autre dans son ventre. On poursuivit cette opération et, en fin de compte, on avait, au total, 7 (sept) poissons sur le pont du bateau. Et Anatole France de dire : « Voilà la justice divine ! »

L’une des raisons qui expliquent la domination du monde par l’homme blanc  – pendant  une si bien longue période de l’Histoire de l’Humanité – aura été, assurément, que la ” poudre à feu d’artifice ” inventée par le  Chinois a été transformée en ” poudre à  canon ” par l’homme caucasien.

Si donc je sais que ce monde est celui de la Loi du « plus fort » (!!!), il me faut me Fortifier dans la mesure du possible !!! Le lion n’aurait certainement pas (!) osé dévorer la biche s’il était convaincu que, dans tous les cas, il n’aurait pas réussi !!!

La ” Question Néocoloniale ” (pour ne pas dire la ” Question de la Recolonisation “) se ramène à identifier les ” Voies et les Moyens les plus Idoines “, susceptibles de nous permettre de nous libérer, une bonne fois pour toutes, des relents du néocolonialisme, des menaces de la Recolonisation tout court …

À cet effet, le Panafricanisme véritable, l’Unité Africaine authentique : Celle des Peuples et non un syndicat de nos roitelets postcoloniaux, Ressort fondamental, incontournable, crucial, seul à même de nous Conférer un Poids critique (!!!) sans lequel notre Existence sous le Soleil continuerait à demeurer introuvable …

Il va sans dire que, pour vaincre définitivement tous les avatars du colonialisme, l’Afrique requiert UNE CLASSE DIRIGEANTE MILLE FOIS AUTRE !!! Une classe dirigeante qui ne pratiquera plus la casuistique (!!!), ni plus le sophisme (!!!), ni plus le  discours  pro domo (!!!), mais plutôt toujours l’analyse objective concrète (!!!), visant le Bien-Être objectif concret (!!!) des Peuples …

Et puis, sous le prétexte que les troubles chez nous sont générés par l’étranger, devrions-nous laisser en paix les Idi Amin Dada, les Charles Taylor, les Gnassingbé Eyadéma, les Jean-Bédel Bokassa, les Hissen Habré, les Pierre Nkurunziza, etc … ? ! Devrions-nous laisser en l’état les ” situations ” qui prévalent au Soudan du Sud, en RCA, en RDC, au Togo, au Gabon, etc … ? !

En tout état de cause, le Jésuite français Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) disait déjà : « Le monde est en train de se totaliser ! » Quid alors à l’ère de la « Globalisation » ? ! Oui ! Un vieux proverbe anglais enseigne : « Tu es le gardien de ton frère » (et vice-versa).

CONCLUSION

Après des millénaires de déshumanisation systématique de l’Homme négro-africain, après tant de lustres d’oppression et d’exploitation tous azimuts qui nous ont été infligées tout au long de l’Histoire de l’Humanité, il est grand temps (!!!) que nous prenions notre Sort sous le soleil entre nos propres mains !!! Car

L’AFRIQUE DU XXIè SIÈCLE SERA PANAFRICAINE OU RECOLONISÉE

Alors,

PEUPLES AFRICAINS (!) UNISSONS-NOUS !!!

Paris, le 17 octobre 2016

Godwin TÉTÉ

Ancien fonctionnaire international des Nations Unies

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