Monument de l'indépendance Lomé TogoÉcoutez chers frères

le sourd mugissement de la douleur

la silencieuse tectonique des âmes irisées

les cris étouffés de la veuve et de l’orphelin

le sinistre miaulement de la mort en maraude

 

Entendez, écoutez bien

le morne déploiement des égos portés aux nues

le rot sonore et malodorant des repus

le rengorgement des satrapes encravatés

l’assassine satisfaction du bourreau sans merci

 

Regardez amis

la valse honteuse des valets et des griots

la courbe serpentine échine du courtisan

le défilé des catins et des mata-hari en cheveux

la course des lestes fossoyeurs de la rapine

 

Percevez-vous

l’océan de la colère monter

le déferlement solide des vagues se préparer

La sainte colère s’enrégimenter

le voile du soir se gorger de colère ?

 

Non ? Considérez donc

le calme charivari d’avant la tempête

la veillée des hommes longtemps avilis

le redressement des cœurs emprisonnés

front haut paumes au ciel. Suffocation !

 

Les voici tremblants

pleutres assassins de radieux lendemains

les voilà fuyants âmes vides, sans Dieu

flasques les frocs sans raideur

raseurs honteux des murs de la République

 

Les voilà hâves et viles

de plumes et de goudrons suppliants

toute dignité étalée genoux à terre

la gorge dénudée, la couronne flétrie à Dieu

quérir le pardon qu’ils n’ont jamais accordé

 

La nation, bonne fille

la généreuse dignité éclose

tendre main de cœur maternelle

drapée de divine réconciliation

relever ses fils déchus

 

Ablodé, Ablodé pour tous

 

Jean-Baptiste K.

29 mai 2018

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