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« A une loi injuste, nul n’est tenu d’obéir »
Saint Augustin

Les États membres de la CEDEAO en sommet à Lomé le 31 juillet 2018 se proposent de se pencher pour la énième fois sur la sempiternelle crise politique et institutionnelle du Togo. Il convient pour cette organisation qui a connu à travers des renoncements coupables et des soutiens inqualifiables aux dictatures les plus féroces de la sous-région ouest africaine d’affirmer aux yeux du monde et des peuples les évolutions notables enregistrées depuis une décennie vers l’ancrage de la démocratie et de la bonne gouvernance au sein des pays membres. Le développement économique et social, maître-mots originels de sa charte fondatrice doit être renforcé par la stabilité et le progrès de la démocratie et des droits de l’homme qui sont les gages de la sécurité des affaires, de l’essor économique des peuples et le levier le plus sûr des progrès vers la réalisation de l’homme et de tout l’homme. Le protocole additionnel de la communauté prend en compte cette impérieuse nécessité et fonde désormais le sort du peuple sur la bonne gouvernance et l’alternance au pouvoir.

Espace de plus en plus intégré en Afrique, la CEDEAO se doit de défendre ces acquis communautaires essentiels en écartant résolument tout élément déviant susceptible de les mettre en péril. La fermeté de ses dernières interventions en Gambie, au Liberia et plus récemment en Guinée Bissau participe de la nécessité de sauvegarder les bases du développement profitable à tous les États membres.

Le Togo reste donc le seul pays réfractaire à la marche inéluctable de la CEDEAO et affirme depuis plus de cinquante ans sa singularité dictatoriale. Il est devenu désormais un fardeau qui pèse dangereusement sur les libertés et donc un frein à l’expansion économique de la zone. Des tergiversations coupables de la communauté en 2005 ont débouché sur la légitimation contre-nature d’un coup d’État sanglant au Togo. Elles ont non seulement assombri son rôle en exacerbant la crise au Togo, mais ont aussi fragilisé l’espace économique en envoyant un signal contradictoire au peuple de la communauté. Désormais il regarde ses chefs d’États comme un syndicat attaché sous des injonctions incohérentes et extérieures à défendre ou non les intérêts obscurs de puissances néocoloniales dont ils sont les vassaux dociles. Le cas togolais illustre à suffisance cet état de fait. Il faut à présent sortir de cette perception en donnant une assise claire et fiable par la mise hors des rangs de la singulière et délétère dictature togolaise. Le président Alpha Condé de la Guinée, facilitateur de la crise togolaise nous avait assuré le 27 juin dernier qu’ils ne sont plus constitués en syndicat pour la défense mordicus du fauteuil d’un de ses membres. Dont acte. Il faut désormais en administrer la preuve aux peuples de l’espace sous régional.

LA CEDEAO JOUE SA CREDIBILITE ET SON AVENIR AU TOGO

Les enjeux sont clairs : la communauté joue sa crédibilité et sa capacité à réparer les erreurs et les atermoiements qui pèsent plus que jamais sur sa perception par les peuples qui la composent et qui en sont les substrats fondateurs. Perdu en 2005 contre tout bon sens, l’honneur de la CEDEAO doit être lavé ce 31 juillet 2018. Faure Gnassingbé, le bénéficiaire de sa « magnanimité » a administré à maintes reprises la preuve de son incapacité à se hisser à la hauteur de la confiance que l’organisation lui a accordée. Il a largement donné raison au président Alpha Omar Konaré qui lucidement prédisait à l’époque cette incapacité à respecter la parole donnée. Il faut enfin tirer les conséquences d’un fourvoiement si prévisible. M. Gnassingbé est assurément une grossière erreur de casting qu’il faut désormais corriger. La CEDEAO le doit aux togolais martyrs d’une gouvernance moyenâgeuse, aux peuples ouest-africain et même à elle-même. Elle doit tenir le clair langage de la raison à M. Gnassingbé et mettre fin à son délire d’éternité au pouvoir conçu comme un bien personnel.

La résolution de la crise togolaise est, somme toute, facile. A condition que les chefs d’État de la région veuillent bien écouter le génie propre du peuple. Il se trompe rarement. Le Togo dans son immense majorité indique la voie de son propre salut.  Il suffit de la suivre et de l’indiquer au tyran.

Elle s’articule en trois points essentiels :

1- La voix de la raison : Les pairs de Faure doivent lui indiquer la voie de la raison et l’inviter fermement à « sortir » après trois mandats présidentiels usurpés. Ceci ne devrait en aucun cas être négociable. On prendrait la peine de lui proposer ou de lui suggérer le choix des modalités de sortie y compris le vote d’une loi d’amnistie et/ou l’aménagement d’un statut d’ancien chef de l’État togolais.

2 –L’incontournable transition : Accéder au désir du peuple porté par ses représentants de mettre en place une transition devant convoquer une assemblée constituante en vue de réaliser les réformes constitutionnelles, les réformes institutionnelles et celles électorales nécessaires à la refondation démocratique de la nation togolaise.

3 – La supervision, l’encadrement et la vigie : La CEDEAO doit s’engager au même titre que L’Union Afrique et l’ONU aux côtés du peuple et des institutions de la transition pour superviser, infléchir et garantir la bonne application des mesures adoptées. Un cordon sanitaire militaire étanche devrait être dressé autour de l’armée togolaise aujourd’hui constituée en véritable garde prétorienne de la dictature afin de prévenir ses intrusions intempestives dans le bon fonctionnement des institutions de la transition. Un volet séparé de l’action devra être consacré à sa mutation en véritable institution républicaine protectrice de l’État et de ses institutions.

Telle me semble être la voie à suivre. C’est aussi la voix des organisations avec lesquelles je partage mes convictions. C’est d’ailleurs la seule qui corresponde au désir profond du peuple togolais. La seule qui pérennise le Togo et éviterait l’embrasement avec des conséquences dommageables pour toute la sous-région.

SORTIR ENFIN DE LA CRISE TOGOLAISE

Il est des moments dans la vie des hommes et des peuples où la raison collective et l’éthique doivent prévaloir sur les intérêts individuels et les intérêts de caste. Du reste une bonne compréhension de ses propres intérêts indique le bon moment pour en infléchir la mise en œuvre. Le Togo est arrivé au kaïros. Toute autre tentative de louvoiement ou même d’approche « compréhensive » d’une dictature qui a fait si longtemps la preuve de sa nocivité et de son incapacité à se réformer serait tout simplement la précipitation de tout un peuple dans les affres de la violence et confinerait à la non-assistance à peuple en danger.

La CEDEAO joue sa crédibilité et même sa survie au Togo. L’histoire pardonne rarement aux peuples et aux institutions le ratage des mutations essentielles.

Alors chers présidents, ne ratez pas le train de l’histoire pour le bonheur des peuples africains dont vous avez la charge.

 

Jean-Baptiste Komi

30 juillet 2018

jeanbaptistek@yahoo.com

 

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