Tete Godwin

« Ce qui circoncit le cheval se retrouve dans le ventre du cheval »
Dicton togolais

« Lorsque ceux d’en bas ne veulent plus être gouvernés comme par le passé, et que ceux d’en haut ne peuvent plus gouverner comme par le passé, alors, c’est à ce moment que la Révolution réussit »

Vladimir Ilitch Lénine

« L’âme vivante du marxisme, c’est l’analyse concrète, d’une situation concrète »

Vladimir Ilitch Lénine

(in “Les cahiers philosophiques”)

PROLOGUE

Tout d’abord, des consultations populaires réparatrices de quoi ?! En l’occurrence, il s’agit, assurément (!), de réparer la Vie politique, économique, sociale et culturelle togolaise abîmée depuis le funeste dimanche 13 janvier 1963. Vie abîmée par le cruel assassinat du premier Président démocratiquement élu : Sylvanus Kwami Epiphanio Olympio. Assassiné gratuitement, lâchement, au petit matin de ce dimanche – là. Assassiné par la Françafrique foccartiste fondamentalement (!) parce qu’il avait décidé de doter la Terre de nos Aïeux d’une monnaie nationale de sa propre initiative. En lieu et place du fameux nébuleux, ténébreux franc CFA qui n’a point encore fini de nous en faire voir de toutes les couleurs…

À partir de cet instant-là, le Togo va systématiquement patauger dans un sombre bourbier jusqu’à se muer en une colonie d’origine endogène, d’essence ethno-militaro-clanique qui n’ose guère dire son nom véritable. Nous sommes donc appelés aujourd’hui à Remettre sur les rails le Train auquel nous avons confié la Vie togolaise le 27 avril 1960 et qui, le 13 janvier 1963, fut attaqué et déraillé par des bandits de grand chemin. Pour ainsi dire. Venons – en donc maintenant au vif de notre sujet.

I-                    UNE VÉRITABLE “QUESTION TOGOLAISE” ET NON UNE SIMPLE « CRISE »

Le 27 avril 1958, sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies (ONU), par le truchement d’élections législatives qui se trouvaient être, de jure et de facto, un réel référendum, le Peuple togolais opéra une rupture copernicienne, paradigmatique, radicale. Il dit un non (!) sans appel à toutes formes d’esclavagisation, de servitude, de néocolonialisme. Il dit un oui (!) franc, clair, net, à l’ABLODÉ NOGO !

Hélas ! Alors qu’« un nouveau soleil venait de se lever sur le continent africain » – selon une déclaration de John Fritzgerald Kennedy – que l’Or de l’Humanité que voulait le Peuple togolais venait de commencer à briller de toute sa pureté, des forces souterraines à esprit archaïque manipulent, instrumentalisent un quarteron de tirailleurs demi – soldes togolais revenus des guerres impérialistes françaises du Viêtnam et d’Algérie et qui assassinent Sylvanus K. E. Olympio. Forfait dont Gnassingbé Eyadéma aura revendiqué la paternité à haute et intelligible voix !

Il ne s’agit donc pas d’une « crise » qui, par définition, de par son étymologie grecque, signifierait un phénomène momentané, passager, circonstanciel, conjoncturel. Nous sommes ici confrontés à un “Problème“, ou à une “Affaire“, ou encore à une “Question togolaise” qui dure depuis 55 (cinquante – cinq) ans (!!!) maintenant. Une “question” devenue à présent insupportable (!) pour le brave Peuple togolais. Une “question” qui se décline ainsi : LA COLONISATION DU TOGO PAR LA DYNASTIE DES GNASSINGBÉ, AVEC, COMME QUESTION AU CŒUR DE LA QUESTION : LA QUESTION DES « FORCES ARMÉES TOGOLAISES – FAT ». Nous avons donc à réparer une situation structurelle à long terme et non une simple « perturbation » passagère quelconque.

II-                  JUSQU’ICI, LES LOUABLES EFFORTS DÉPLOYÉS PAR DES AUTHENTIQUES INCARNATIONS DE CE PEUPLE, AFIN DE REMETTRE LE TRAIN DU TOGO SUR LES RAILS, SE SONT AVÉRÉS VAINS !

Si bien qu’à ce propos, c’est tout une encyclopédie qu’il faudrait élaborer pour satisfaire un tant soit peu le curieux le moins exigeant. En effet, on mentionnerait les concertations intertogolaises ayant précédé notre mémorable Conférence Nationale Souveraine (CNS), celle – ci elle – même qui aura duré quasiment deux bons mois (!), le « Nouveau Contrat Social » de Joseph Kokou Koffigoh (suggéré par l’ambassadeur de France Bruno Delaye), la Commission Mixte Paritaire (CMP), les rencontres intertogolaises de Colmar (France), de Ouagadougou (Ouaga I à Ouaga IV), les discussions à Paris et à Lomé, sous les auspices de la France, de l’UE, de la RFA, des USA, et qui aboutiront à l’ACL (Accord Cadre de Lomé), l’APG (Accord Politique Global) qui aura fait couler beaucoup d’encre et de paroles (!), la CVJR (la Commission Vérité – Justice – Réconciliation), etc.

Au bas mot, les observateurs de la vie socio-politique togolaise ont enregistré vingt-six « dialogues intertogolais » depuis que, le 13 janvier 1963, le train du Togo est renversé sur l’un de ses flancs.

III-                PENDANT TOUT CE TEMPS, L’OPPOSITION DÉMOCRATIQUE TOGOLAISE (ODT) AURA AFFICHÉ UNE EXTRAORDINAIRE DÉTERMINATION ET CONSENTI D’INCROYABLES  SACRIFICES  DE  TOUS  GENRES

Les tenants et aboutissants de l’ « élection présidentielle » d’avril 2015 avaient déjà, à suffisance, démontré que le combat de l’ODT se devait de se revisiter… quelque peu. Et, de fil en aiguille, VINT la C14 (Coalition de 14 partis politiques).       

Alors, comme par un saut qualitatif de sa propre dialectique interne, intrinsèque, le mouvement de l’ODT acquit, en août 2017, une nouvelle dynamique véritablement radicale, imposante, irrésistible. Ce mouvement se métamorphosa en une réelle INSURRECTION !!! AU CRI DE FAURE GNASSINGBÉ DÉMISSION !!! Et ce, du sud à l’extrême nord, de l’est à l’ouest de la Nation togolaise.

IV-               … ET FAURE GNASSINGBÉ DE PERDRE LE NORD…

Le soulèvement global, simultané, instantané, advenu pendant l’été 2017 – notamment la révolte de l’ethnie kotokoli, sous la houlette de la C14 – ébranla du  coup le roitelet post et néocolonial Faure Gnassingbé jusque dans ses tréfonds. Ce dernier perdit du coup, au sens propre, le “Nord” de la Terre de nos Aïeux, jusque – là considéré comme une « chasse – gardée » du RPT/UNIR. Car, nul ne saurait se prévaloir de ses propres turpitudes. Il perdit ensuite, au sens figuré, le nord, dans la mesure où, déboussolé, il dut courir à droite et à gauche chercher secours…

Alors, Faure Gnassingbé nous a entraînés dans le traquenard d’un XXVIIè (!) prétendu « dialogue intertogolais »où il a imaginé, une fois encore, nous enfermer comme des cons ! Mais la seule chose que Faure Gnassingbé a oubliée, c’est que le monde change ! Alors, le voici lui-même enfermé dans son propre piège. Chez nous, on aurait dit : « ATCHATO TSI ATCHAMÉ !!! » [= LE PIÈGE S’EST REFERMÉ SUR LE POSEUR DU PIÈGE !!!].

Alors, ayant perdu le nord au sens à la fois géopolitique et psychologique, notre roitelet s’agite à présent « tel un noyé qui essaie de s’accrocher à un brin de paille ». Qui se comporte comme un être terriblement dangereux… dans la mesure où il ne se contrôle plus (!) vraiment…

Que faire donc ?! Nous arrivons enfin au problème ayant motivé la rédaction de cet article – ci.

V-                 PLUS DE CONSULTATIONS POPULAIRES AU TOGO SANS TOUTES LES RÉFORMES Y RELATIVES RÉALISÉES EN BONNES ET DUES FORMES ET À LA PLEINE ET ENTIÈRE (!) SATISFACTION DU PEUPLE TOGOLAIS !!!

Le philosophe et mystique anglais Francis Bacon pensait qu’ « Un problème bien posé est à moitié résolu ». Je pense comme lui. Quel est donc le problème ?!

En l’occurrence, le problème se libelle ainsi : DÉRAILLÉ À L’AUBE DU DIMANCHE 13 JANVIER 1963, LE TRAIN DE LA VIE DE LA NATION TOGOLAISE NE POURRA JAMAIS (!) REDÉMARRER QUE CORRECTEMENT (!) REMIS SUR SES RAILS. EN L’OCCURRENCE, SEULES (!) LES RÉFORMES – TOUTES (!) LES RÉFORMES REQUISES – RÉALISÉES PERMETTRONT CETTE REMISE SUR LES RAILS. TOUS AUTRES SUBTERFUGES NE SAURAIENT CONSTITUER QUE DES FUITES EN AVANT, DES SIMAGRÉES, DE LA MOQUERIE À L’ENDROIT DU PEUPLE LABORIEUX.

En conséquence, il ne saurait y avoir, sur la Terre de nos Aïeux, d’«élections législatives » recevables pour le 20 décembre 2018. Pour le reste, Peuple togolais ! Combattants togolais de la liberté ! Soyons à l’écoute de nos responsables de la C14.

CONCLUSION

« Chaque génération, dans une relative opacité, doit découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir »

Frantz Fanon

Oui ! Peuple togolais ! Faure Gnassingbé a tort ! C’est nous qui avons raison ! Car un peuple uni, résolu, déterminé, finit toujours (!) par avoir gain de cause. Comportons-nous de façon à ne pas paraître demain à nos enfants et petits-enfants comme un peuple sans dignité, comme un peuple de trouillards, de masochistes, de pauvres-types…

Au demeurant, l’archange de la stratégie guerrière : Napoléon 1er a écrit, noir sur blanc, dans ses Mémoires : « L’esprit finit toujours par vaincre l’épée »…

Lomé, le 02 décembre 2018

Godwin Tété

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