Tete Godwin

« Un mets particulièrement succulent se mange deux fois »
Maaté Abraham Tété-Adjalogo

INTRODUCTION

En écoutant RFI (Radio France Internationale) hier et aujourd’hui, j’ai noté combien (!) Joseph Kabila remue ciel et terre, de manière notoirement (!) grotesque, infantile, éhontée, afin de demeurer indéfiniment (!) aux rênes du pouvoir d’Etat en RDC (République Démocratique du Congo). De demeurer, ne serait-ce qu’en la personne de son clone, c’est-à-dire de son double politique qu’il a fabriqué : Emmanuel Ramazani Shagary. Il est allé jusqu’à faire couper l’internet et tous autres moyens de communications électroniques en RDC… Ce qui risque fort de déboucher sur un énième et inutile bain de sang lors de la proclamation définitive des résultats de l’élection présidentielle qui vient juste de se dérouler dans ce grand, beau et riche pays africain.

Il va sans dire que cet état de choses se retrouve un peu partout sur notre continent - mutatis mutandis - avec des similitudes plus ou moins frappantes. Il y a dès lors lieu de se demander pourquoi il en est ainsi, notamment dans les pays francophones ?!

Et c’est à cette interrogation que je propose d’essayer de fournir ici quelques réponses.

1.     DE LA PSYCHOLOGIE DU ‘‘NOUVEAU VENU’’

Tout individu qui arrive pour la première fois dans une scène donnée tend à y faire du zèle outrancier, à y vouloir « péter plus haut que son derrière ». Si ses grands-parents n’avaient jamais compté ‘‘kponon’’, soit vingt-cinq francs CFA, et que lui, manie aujourd’hui des milliards de ces mêmes francs, il se croit sorti des cuisses de Jupiter !!!…

Un jour, mon propre frère Maaté Abraham Tété-Adjalogo, mon aîné de vingt-quatre ans, du même père que moi, me dit : « Godwin, tu sais, un mets (un plat) particulièrement succulent se mange deux fois ». Mais, ce que l’aîné n’a pas dit, c’est que, dès que mangé pour la deuxième fois, ce mets se transforme en drogue ! On y prend goût ! S’en défaire devient problématique ! Voilà ce qui arrive à nombre de nos roitelets post-et-néocoloniaux africains. Leur demander de quitter le pouvoir revient à demander à un singe de scier la branche sur laquelle il est assis ; ou de se faire ‘‘hara-kiri’’ !!!…

Dès qu’il fut placé au gouvernail du Togo par un quarteron d’ « officiers supérieurs » des FAT (Forces Armées Togolaises) – sous la houlette de Zakari Nandja – et la Françafrique, Faure Essozimna Gnassingbé nous informa clairement ( !) que son père Gnassimgbé Eyadéma lui a appris qu’on ne laisse jamais tomber un pouvoir qui vous échoit. Mais aucun Démiurge n’a jamais ( !), au grand jamais ( !) prescrit un tel dogme.

Dans la Rome antique, Lucius Corneluis Sulla ou Sylla renonça volontairement deux bonnes fois au pouvoir. Plus proche de nous, le Général Charles de Gaulle quitta, de gré, deux fois la magistrature suprême. Léopold Sédar Senghor, Julius Nyerere, Jerry Rawlings ont abandonné le pouvoir volontairement. Mathieu Kérékou aura quitté une fois de gré la magistrature suprême, avant d’y revenir démocratiquement ! Il s’agit donc ici d’une mytho

2. DU RETOURNEMENT DU COMPLEXE D’INFÉRIORITÉ !

La géographie, la géopolitique, la géostratégie, l’anthropologie, l’écologie, les traites et esclavages négriers, la colonisation, la recolonisation, l’économie, l’infrastructure, la propagation de l’islam et du christianisme, etc, ont fini par générer des disparités régiono – ethno – culturelles plus ou moins criardes sur le Continent africain. Et celles-ci, à leur tour, ont fini par induire des complexes de supériorité ou d’infériorité selon le lieu. Et j’ai le sentiment que dans le contexte togolais, en particulier, certains ‘‘cadres lettrés’’ semblent croire que la solution desdites disparités consiste à retourner ( !) le complexe d’infériorité… [Cf. mon ouvrage Le Togo – La vraie / fausse question nord-sud. Ed. Haho, Lomé, 2007. Préface de Victor Alipui].

3. LA PERFIDE PESANTEUR DES ANCIENNES PUISSANCES COLONISATRICES

« Diviser pour régner » [Nicolas Machiavel], tel est le sacro-saint crédo de l’impérialo-colonialisme. Oui ! Opposer telle ethnie à telles ethnies, telle région à telles régions. En 1920 (ou 1922 ?), les Konkomba se soulevèrent contre le règne des Français au Togo. La France fit revenir dans le territoire une mission militaire. Celle-ci accomplit son job et pondit un rapport circonstancié y relatif. Rapport qu’elle termina à peu près ainsi : « Nous ne sommes pas aimés par les gens du Sud-Togo, par conséquent nous nous devons de jeter le dévolu sur ceux du Nord-Togo, et plus spécialement sur les Kabrais ». Cette recommandation éclaire à suffisance l’assassinat de Sylvanus Kwami Epiphanio Olympio le 13 janvier 1963 par la Françafrique foccarto-gaullienne, ainsi que l’accession de Gnassingbé Eyadéma au faîte de l’État togolais en 1967. Elle éclaire également cette vérité que ce fut Jacques Chirac qui, de facto, nous imposa Faure Gnassingbé comme chef d’État en 2005. …

4. DU DÉFICIT D’UN MINIMUM DE SPIRITUALITÉ !

Je me suis penché quelque peu sur les biographies d’une bonne kyrielle de véritables grands hommes ayant marqué positivement (!) l’histoire de la race humaine. Sans exception aucune, ces hommes-phares apparaissent tous comme des êtres nobles (!), des gens qui ont fait don de leur personne (!) à notre pauvre Humanité. En somme, comme des ascètes !!! À titre du plus représentatif, je citerais Mohandas Karamchand Gandhi, alias Le Mahatma [La grande âme] Gandhi (1869 – 1948).

Quant à nos roitelets en considération, à ce jour, ils n’ont brillé et ne brillent que par l’égocentrisme, la concupiscence, le sadisme, le goût exacerbé du clinquant matériel et matérialiste de notre monde. Par l’arrogance et la mégalomanie ! Ces roitelets ne se préoccupent guère de servir leurs peuples ; ils s’acharnent à se servir eux-mêmes !!! On ne note, nulle part, la moindre ( !) trace de spiritualité dans leurs comportements, actes et/ou paroles…

Déboussolé par notre mémorable Conférence Nationale Souveraine (CNS), Gnassingbé Eyadéma vociférait ainsi : « Le léléphant est là ! Le baobab est là ! ». Mais il devrait plutôt se demander pour combien de temps était-il encore là ?!

À cet égard, le célèbre écrivain français Jean Cocteau écrit : « J’étais déjà mort avant de naître. Par conséquent, ce que je dois faire sur cette Terre, c’est de vivre avec un petit v, de manière à pouvoir vivre après avec un grand V ! »

Dans La (merveilleuse) Bhagavad-Gîtâ (Le chant du Bienheureux Seigneur), Shri Krishna dit à son disciple bien-aimé Ajurna (lire Ajourna) : « Fais les œuvres, mais ne t’attends pas à jouir des fruits des œuvres ». Cela s’appelle don de soi ( !), abnégation !!!

Dans le même ordre d’idées, un illustre et immense connaisseur des temps modernes en la matière déclare : « Tout homme doit mourir un jour, mais toutes les morts n’ont pas la même signification. Un écrivain de la Chine antique, Sema Tsien, disait : « Certes, les hommes sont mortels ; mais la mort des uns a plus de poids que le mont Taichan, celle des autres en a moins qu’une plume. » Mourir pour les intérêts du peuple a plus de poids que le mont Taichan, mais se dépenser au service des fascistes et mourir pour les exploiteurs et les oppresseurs a moins de poids qu’une plume. »

[« Servir le peuple » (8 septembre 1944), Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome III.]

5. UNE PEUR BLEUE DES CIJ ET TPI

Avec l’avènement des Cours Internationales de Justice, et des Tribunaux Pénaux Internationaux, l’impunité des crimes politiques, économiques et sociaux, dans l’arène mondiale, est révolue ! Avec, de surcroît, le développement spectaculaire des technologies modernes de communications électroniques, cette impunité se trouve à jamais ( !!!) révolue.

Or, nos roitelets post-et-néocoloniaux savent pertinemment que, dans la majorité des cas, leur accession à la magistrature suprême s’est opérée par le truchement de crimes souvent abominables ! De plus, leur gouvernance est émaillée de forfaits politiques, économiques, juridiques et sociaux inqualifiables !

D’où la peur bleue que ces roitelets éprouvent s’agissant des CIJ et des TPI. D’où les efforts désespérés que déploient actuellement ( !) bon nombre d’entre eux, dans le but de s’affranchir de ces institutions internationales de justice, cependant que les peuples africains, eux, s’en réjouissent !…

Cette peur constitue l’un des facteurs qui amènent nos roitelets post-et-néocoloniaux à se cramponner, ad vitam aeternam, aux rênes du pouvoir politique. Comme une punaise. Mais c’est là leur affaire !!!

À ce sujet, je crois devoir identifier le champion (!) en la personne de l’actuel chef de l’État burundais : Pierre Nkurunziza.

CONCLUSION

« Tout ce qui a un commencement a une fin » (Dicton populaire)

Oui ! Les traites et esclavage négriers – toutes origines, toutes formes et tous contenus confondus – la colonisation à l’état pur, la néocolonisation et/ou la recolonisation intégrale, le règne comi – tragique de nos roitelets post-et-néocoloniaux africains plus ou moins bouffons, passera lui aussi !!! Pourvu que des esprits nobles, visionnaires, déterminés, le combattent résolument !!!

Alors, chers combattants africains authentiques de la liberté ! : « The struggle continues ! » [= « La lutte continue ! »]. Comme le disait notre grand Kwame (Francis) Nkrumah.

Salut trois fois !!!

Lomé, le 02 janvier 2019

Godwin Tété

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