Digitalisation de l'AfriqueLa fracture numérique en Afrique a une triple réalité :

  • entre les pays développés en matière de nouvelles technologies de l’information et de la communication et les pays africains,
  • entre les pays africains eux-mêmes avec un Kenya ou un Rwanda qui n’a rien à voir avec Madagascar, le Tchad ou le Niger en matière de digitalisation de l’économie ou d’accès à la téléphone mobile, et pire,
  • entre les zones urbaines notamment les capitales africaines et les zones rurales où il n’est pas rare d’avoir de véritables déserts numériques.

Alors la digitalisation va-t-elle refonder le post-capitalisme en Afrique 1 et ouvrir le continent sur une nouvelle civilisation où modernité et tradition vont interagir pour redynamiser une nouvelle Afrique qui y perdra son âme ou tout au contraire va se regénérer et redevenir elle-même ?

1. DIGITALISATION OU NUMERISATION : PAS POUR L’AFRIQUE ?

Il existe un fossé numérique ou un fossé digital en Afrique. Parler de digitalisation, c’est jongler avec le mot numérisation.

La numérisation fait référence à l’ordinateur où l’humain s’engage dans un processus de conversion d’informations en un format lisible par ordinateur, dit format numérique où les informations sont organisées en bits, qui génèrent une série de nombres ayant pour résultat, la représentation d’un objet, d’une image, d’un son, d’un document ou d’un signal de type analogique. Cette représentation de données numérisées prenant la forme de nombres binaires permet un traitement informatique rapide. Cette numérisation est une simple conversion de sources analogiques en un format numérique et peut être reconverti en tout autre système de numération, y compris décimal.

La numérisation revêt une importance cruciale pour le traitement, le stockage et la transmission des données, car elle permet de conserver, de transporter, de mélanger, de partager et de propager, et de rendre accessible en fonction des besoins, des informations de tous types, dans tous les formats, avec une rapidité et une efficacité défiant toute concurrence, dès lors que les formats sont compatibles.  C’est donc l’occasion pour l’Afrique de profiter pour que personne ne fasse disparaître sa mémoire et donc sa civilisation de paix, d’accueil, de partage, de joie fondée sur une spiritualité du don.

La réalité sur le terrain se caractérise par d’importantes inégalités, ne serait-ce que pour l’accès à la téléphonie mobile et aux services qui en découlent.

2. INEGALITES DANS L’ACCÈS A LA TELEPHONIE MOBILE : TROP FAIBLE REGULATION DE L’ETAT AFRICAIN

Si le fossé numérique se résume d’abord aux inégalités dans l’usage et l’accès aux technologies de l’information et de la communication (TIC) comme pour les téléphones portables y compris les « smartphones », les ordinateurs, le réseau Internet, les accès aux stockages de données digitalisées de type « cloud », et même l’accès à l’énergie qui permet de de faire fonctionner tout le système, le fossé numérique et digital constitue une partie intégrante — et en développement exponentiel­­ — des inégalités de développement. La réalité est que les opportunités d’innovation dans le processus de digitalisation de l’Afrique, qui semblent à priori accessibles aux Africains, sont plus mitigées dès lors que les risques d’absence ou de faiblesse de la régulation de l’Etat sont prégnants.

Il faut bien constater une amélioration de la pénétration du téléphone mobile en Afrique subsaharienne ces dernières années mais l’inclusion par le numérique se fait dans des conditions d’inégalités entre les Africains. Par ailleurs, ceux qui accèdent aux données personnelles des citoyens africains, sont dans leur grande majorité, en dernier ressort des structures étrangères qui bénéficient de l’appui de l’Etat africain. A ne pas y prendre garde, c’est la conservation de ce qui fait l’histoire des Africains que de « mauvais esprits digitalisés » n’hésiteront pas à effacer, si ce n’est pas partiellement déjà fait … Alors, les responsables africains doivent s’atteler offrir des infrastructures sans fil rapide, tout en créant du « contenu » et moins bavarder !

3. DU BAVARDAGE À L’UTILISATION DE SERVICES MOBILES APPROPRIÉS AUX AFRICAINS

La part du pouvoir d’achat que consacre le citoyen africain moyen à la téléphonie mobile augmente aussi rapidement que l’adoption du téléphone mobile par une population africaine, jeune en grande majorité, et qui utilise la digitalisation comme un moyen de faire disparaître l’absence ou le mauvais état des infrastructures physiques. Ce n’est pas le changement démographique mais bien une restructuration des dépenses au sein du panier de la ménagère qui fait que le citoyen africain consacre une part de plus en plus importante à la téléphonie mobile

La réalité est que les Africains sont de gros « bavards » et une partie encore trop importante de ce bavardage improductif. A force de bavarder, le citoyen fait le jeu des opérateurs de téléphone mobile en oubliant de produire au plan industriel les téléphones mobiles en Afrique, par des Africains et avec des travailleurs africains. Personne ne comprend pourquoi le bavardage doit se faire avec les téléphones mobiles fabriqués à l’étranger. Pourquoi la spécialisation par l’Afrique doit se limiter à assembler les téléphones portables non compétitifs et avec des pièces de rechanges de basse qualité au lieu de favoriser l’excellence et le haut de gamme ? La réponse est simple : la plupart des opérateurs ne sont même pas intéressés à fabriquer en Afrique. Et ceux qui sont intéressés surtout au Nigéria se contentent de proposer des appareils de bas de gamme pourvu que les coûts soient adaptés au pouvoir d’achat du citoyen africain, consacrant ainsi de manière structurelle des retards technologiques.

A force de croire que la technologie-retard est celle que l’Afrique doit adopter pour pénétrer le marché de l’industrie de la téléphonie mobile et ses dérivées y compris le e-commerce, le continent s’est retrouvé piégé dans une dépense envers les fabricants étrangers, sans compter que les contenus et autres applications viennent souvent avec les appareils, rendant les Africains culturellement de plus en plus dépendants. La vérité est qu’il faut passer du simple bavardage à l’utilisation de services mobiles appropriés aux Africains. Le Kenya et le Rwanda l’ont compris et mènent la course en tête. Effectuer ses paiements par l’utilisation du téléphone mobile alors que l’on n’a pas de compte bancaire, payer le bus avec son portable, ou encore, signaler des situations exigeant l’intervention de la police par le téléphone portable sont des exemples que l’on pourrait multiplier partout en Afrique.

4. LES AFRICAINS : DE GRANDS CONSOMMATEURS D’EQUIPEMENTS ETRANGERS

Avancer vers une migration technologique avec une évolution vers le haut débit devient un impératif pour la compétitivité des pays africains, comme pour les entreprises africaines ou celles travaillant sur le sol africain. Mais la réalité est que la principale technologie utilisée en Afrique est la 3G, même si la 4G est en augmentation rapide. Mais le prix des appareils mobiles disponibles en 4G est souvent au-dessus des possibilités des bourses du citoyen moyen. Comment se fait-il qu’en Afrique contrairement à plusieurs pays en Europe ou en Asie, des appareils mobiles modernes à haut débit ne sont pas gratuitement offerts avec un système d’abonnement ? C’est donc bien les responsables politiques de la plupart des pays africains qui profitent de la situation pour s’enrichir et engranger des retours sur des licences octroyées ou des taxes pour l’Etat, parfois sans que les retombées puissent se mesurer en termes d’amélioration de l’accès à l’internet par le téléphone mobile et les smartphones, de confort d’écoute ou encore de prix de plus en plus abordables pour tous.

L’argument promu par les Etats selon lequel la téléphonie mobile améliore l’inclusion sociale et économique est une évidence. Toutefois, les nouveaux horizons offerts pourraient, si l’on ne prend garde, rendre les Africains de plus en plus dépendants avec un chantage à l’industrialisation et à la production en Afrique des téléphones de la nouvelle génération, les 5 G.

Les Africains sont dans leur très grande majorité (plus de 95 %) des grands consommateurs d’équipements (achat) et de grands utilisateurs d’applications provenant de l’étranger. Du coup, la plupart des politiques africaines dans la téléphonie oublient de soutenir la production de téléphones portables de type smartphone en Afrique par les Africains. La culture africaine est régulièrement sacrifiée quand il ne s’agit pas tout simplement des langues locales. Il existe quelques acteurs dans l’industrie de la production de téléphones mobiles en Afrique notamment l’Egypte, l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya 2 et la République Démocratique du Congo.

Mais à force de ne vouloir produire que pour le marché local, les quelques industriels locaux qui se sont souvent spécialisés dans l’assemblage des pièces détachées importées d’ailleurs, ont opté pour le bas de gamme, sans un service de garantie ou de rechange en cas de défectuosité de leurs appareils. Bref, l’expérience n’est pas concluante en termes d’attractivité des technologies anticipatrices de l’Afrique de demain.

5. QU’ONT FAIT LES MILLIONNAIRES AFRICAINS ? PLUTÔT OPTÉ POUR LE RETARD TECHNOLOGIQUE ?

Il faut savoir qu’en silence, un petit territoire et pays comme la Principauté de Monaco, s’est doté en septembre 2019 de la technologie 5G. C’est le premier pays d’Europe à inaugurer un réseau de téléphonie mobile 5G de nouvelle génération basée sur la technologie de la firme chinoise Huawei, considérée par les États-Unis comme un risque majeur pour la sécurité 3. Monaco Telecom, propriété du milliardaire français Xavier Niel, a signé un accord avec Huawei visant à faire de la petite principauté le premier pays d’Europe entièrement couvert par la 5G.

Mais que font les millionnaires africains ? Sans vouloir les citer notamment ceux qui ont fait fortune dans la téléphonie — ils ont majoritairement profité de la stratégie du « bavardage des Africains » — stratégie qui permet de dégager d’importantes marges sans pour autant investir dans la partie risquée de la production de matériels et équipements (téléphonie, réseaux, stockage et batteries) en Afrique. Pour certains, ce fut un tremplin pour devenir un Chef d’Etat, comme en Afrique du Sud pour éviter de le citer. D’autres ont choisi de faire de l’assemblage notamment avec les technologies 3G et 4G. Pourtant, les opérateurs de téléphonie mobile des pays européens, discrètement, sont en train de s’éloigner des réseaux 3G et 4G de plus en plus lents en comparaison avec l’accès sans fil ultrarapide et les réseaux mobiles 5G offrant des vitesses de transfert de données bien supérieures. C’est de 1 à 20. Il n’y a pas « photo » !

6. HUAWEI VEUT PARTAGER SON SAVOIR-FAIRE ET SA TECHNOLOGIE 5G : L’AFRIQUE NE BOUGE PAS !

La société chinoise Huawei 4 offre des licences et des facilités extraordinaires dans les technologies 4G et 5G à tous pays africains qui souhaiteraient anticiper le futur. Mais la corruption et la conception même du pouvoir de certains dirigeants font que ces opportunités de saut technologique pour l’Afrique sont simplement perdues. Les inégalités dans l’usage et l’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) sont considérées par de nombreux dirigeants africains comme une arme puissante pour maîtriser le pouvoir et s’y conserver. Autrement dit, c’est aussi l’arme pour contrôler les communications et les élections non régulières, souvent sous le couvert de lutter contre le terrorisme.

Le Président directeur général de la société chinoise Huawei, Mr. Ren Zhengfei a fait savoir que sa société est disposée à partager ses technologies et techniques 5G moyennant un coût avec tous autres partenaires notamment avec des entreprises américaines ou européennes. Le principe est que l’heureux « partenaire-acheteur » aura un « accès continu aux brevets, licences, codes, codes techniques et techniques de production de la société, déjà existants, de la 5G Huawei afin de pouvoir construire une industrie 5G indépendante et autonome », ce qui signifie que le partenaire-acheteur serait libre de modifier à loisir le code du système et des logiciels y afférents. Pour les sociétés américaines, l’offre est encore plus alléchante. Il s’agit pour Huawei d’« octroyer une licence pour l’ensemble de la plate-forme Huawei 5G à toute entreprise américaine qui souhaite la fabriquer, l’installer et la faire fonctionner, en toute indépendance de Huawei 5».

Toutefois, les menaces américaines, notamment du Président Donald Trump, semblent freiner certains élans en Afrique comme dans le monde. Mais qui peut se permettre d’être en retard technologiquement en attendant un système américain hypothétique qui restera de toute les façons très propriétaire, et vraisemblablement moins ouvert en termes de modification du code du système et des logiciels.

Nous sommes bien dans une guerre froide portant sur la technologie 5G car les États-Unis, paradoxalement, sont en retard et n’ont pas leur « champion » de la 5G alors que l’Europe dispose de sociétés avant-gardistes comme Ericsson et Nokia et la Chine a Huawei et ZTE 6. La concurrence et la compétition semblent pour une fois s’opérer sur des bases plus égalitaires en termes d’opportunité ou de chance ; que le « meilleur gagne » ! Mais sur la base d’arguments comme des interférences possibles dans les données sensibles et de sécurités des Etats-Unis -comme si l’inverse n’était pas possible-, cette unique chance de voir le meilleur de la 5G gagner sur la base de la compétition et l’innovation est stoppée nette par le Président américain 7, lequel n’exclut pas non plus que la firme privée chinoise ait bénéficié de subventions et de soutiens déguisés ou indirects de l’Etat chinois. Protectionnisme, peur de perdre, risques effectifs de voir la Chine pirater l’ensemble des données sensibles des Etats-Unis et une absence de réseaux de télécommunication de la prochaine génération 5G, absente ou défaillante aux Etats-Unis, expliqueraient en partie la décision américaine.

7. TELEPHONE MOBILE EN AFRIQUE MAIS PEU D’ACCES A DES SERVICES A DES TARIFS COMPETITIFS

Avec la baisse des prix des terminaux mobiles et l’accès de moins en moins cher à l’énergie renouvelable dans les zones rurales et urbaines, l’utilisation de la téléphonie mobile par les citoyens en Afrique est en croissance rapide. On reste malgré tout loin du compte. La couverture des réseaux mobiles s’étend de plus en plus à des zones qui n’étaient pas couvertes par le passé. En 2017 et selon la Banque mondiale, près de 72,9 % de la population vivant en Afrique subsaharienne avaient souscrit un abonnement à un téléphone mobile alors que seulement 1 % de cette population disposait d’un téléphone fixe. Par rapport à la moyenne mondiale, cette région du monde est en deçà de la moyenne mondiale, soit pour la même année, 102,8 % de la population mondiale ayant souscrit un abonnement avec un téléphone mobile contre 13 % pour le téléphone fixe 8.

Mais en Afrique subsaharienne, disposer d’un téléphone mobile ne signifie pas que l’on accède à des services. En effet, plus de la moitié de la population dans cette région du monde n’utilise soit aucun, soit très peu de services de type mobile, même si les opportunités pour que cela change sont nombreuses. A la fin de 2017, et selon un rapport récent de l’association internationale de téléphone mobile dit « GSMA », « l’Afrique de l’Ouest, définie par la région géographique correspondant aux 15 États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), comptait 176 millions d’abonnés uniques. Le taux de pénétration global des abonnés a atteint 47 % en 2017, 28 % de plus qu’au début de la décennie 9 ». Cette région devrait atteindre un taux de pénétration de 54 % en 2025 avec 72 millions de nouveaux abonnés.

Le secteur de la téléphonie mobile aurait contribué à 6,5 % de la création de richesse (produit intérieur brut) en Afrique de l’Ouest avec 2,5 % de création de valeur ajoutée totale par l’écosystème mobile dans la chaîne de valeurs de la technologie « mobile ». L’augmentation de la productivité et de l’efficacité des employés dans les entreprises connectées est indéniable, mais reste limitée. L’accès rapide, voire en temps réel, à l’information et aux services disponibles sur Internet est facilité, d’où le constat d’une amélioration de l’efficience dans certains secteurs comme la finance, et la santé. Mais les inégalités d’accès aux infrastructures de bases à savoir l’énergie ou la connectivité est disproportionnée avec un avantage certains aux villes, zones économiques, franches, industrielles ou commerciales connectées aux dépens des zones souffrant d’une absence ou d’une mauvaise connectivité, ou tout simple d’absence d’énergie électrique.

S’il est vrai que l’écosystème mobile aurait créé plus de 200 000 emplois directs en Afrique de l’Ouest selon le rapport de GSMA, une partie importante de ces emplois est précaire et ne comporte pas de sécurité sociale ou de couverture maladie ou retraite. Il ne s’agit pas dans leur grande majorité d’emplois dits « fluctuants ». Il est donc estimé que « d’ici 2022, la téléphonie mobile pèsera 51 milliards de dollars dans l’économie de l’Afrique de l’Ouest, et représentera 7,7 % du PIB de la région 10 ». En réalité, si l’on se réfère aux politiques intempestives de « marketing téléphonique », les consommateurs africains ont perdu en « tranquillité ». En effet, ce sont des campagnes abusives et intempestives qui harcèlent les utilisateurs. Il est souvent impossible de se débarrasser de ces interventions abusives sur les lignes de téléphone mobile sans y perdre son « forfait ». De véritables rançonnages des populations et l’Etat africaine adopte le silence assourdissant. Quel courage !

De plus, il arrive trop souvent que le client achète des cartes prépayées ou des achats de forfaits téléphoniques et se fasse « rouler dans la farine de manioc » car la montant payé ne correspond absolument pas au montant débité, quand la carte n’est simplement pas inutilisable dès que vous avez passé le premier appel qui n’a souvent pas abouti. Les Etats africains sont totalement insensibles à cette nuisance quotidienne qui s’apparente parfois à de véritables rackets des populations, souvent les plus vulnérables ou mal-informées.

8. LES ETATS AFRICAINS : « JUGE ET PARTI » ET AUSSI SOUVENT « ACTIONNAIRES » ET REGULATEURS

Il a été question à plusieurs reprises d’offrir un accès plus égalitaire à tous au téléphone mobile, notamment par un accès universel à la connectivité mobile. La réalité est que les Etats africains sont « juge et parti ». Ils sont les premiers à ponctionner le consommateur avec une structure fiscale dont les retombées ne sont pas toujours réinvesties pour améliorer l’accessibilité tant dans l’amélioration des infrastructures notamment en zones rurales, ni vraiment dans l’amélioration de l’accessibilité financière par la téléphonie mobile. Qui en Afrique porte plainte parce qu’il s’est fait avoir, ce à plusieurs reprises, sur une carte téléphonie ou un forfait téléphonique dont les montants ne correspondent pas à l’utilisation effective ? La fiscalité en Afrique sur le téléphone mobile est perçue comme une forme de racket de l’utilisateur et une collusion entre les opérateurs et l’Etat. Une honte !

Quand est-ce que les associations de consommateurs pourront se porter partie civile pour attaquer l’Etat, mais aussi les sociétés de télécommunication en justice pour permettre un minimum de respect du client et une plus grande égalité passant par une concurrence saine entre les opérateurs. Alors quand l’Etat et ses représentants, souvent en privé, sont eux-mêmes les actionnaires principaux -directement ou indirectement- des opérateurs de téléphone mobile, comment est-ce qu’un tel système peut se développer en toute indépendance au service des populations ?

Si en plus la culture de certains Etats africains, c’est de considérer le poste de la téléphonie mobile comme une « vache qu’il faut traire » à outrance pour équilibrer les finances publiques, alors l’avenir de la téléphonie mobile et des services y afférents va dépendre de la capacité des Etats africains à stopper de penser qu’il faut toujours des technologies dites « adaptées » au pouvoir d’achat, autrement dit des technologies obsolètes et en voie d’obsolescence rapide. Au contraire, c’est en anticipant le futur et notamment en commençant à organiser les infrastructures de la téléphonie 5G que l’avenir de l’Afrique pourra passer par la fabrication locale des différentes composantes de la chaine de valeur de la technologie 5G, des batteries à partir du lithium, sans compter les contenus de demain…

9. CONSOMMER SANS PRODUIRE LOCALEMENT : UNE CULTURE DU MAL DÉVELOPPEMENT AFRICAIN

La téléphonie mobile ne doit plus être conçue comme un moyen de renforcer les capacités et opportunités des consommateurs en l’Afrique mais bien comme un moyen de faire le saut qualitatif d’aller soutenir l’émergence de la 5G en Afrique avec les énormes gains de productivité liés aux innovations qui vont en découler. L’énergie doit nécessairement être maîtrisée ainsi que les dégâts collatéraux qui ces nouvelles technologies vont occasionner. Il faudrait faire attention de ne pas se faire envahir par les dynamiques et entreprenante petites et moyennes entreprises chinoises qui inondent le marché de téléphones mobiles à bas prix 11.

Mais, comment vaincre la réticence de la plupart des dirigeants africains qui n’arrivent toujours pas à concevoir leur nation respective en 2025 ou en 2030, où les élections devront être libres, transparentes et sécurisées grâce au « smartphone » qui fera de la vidéo incorporée dans la téléphonie mobile le meilleur outil permettant d’afficher en direct la vérité des urnes ou alors révèlera les principaux responsables de la fraude électorale. Le manque de légitimité actuel est un facteur non négligeable dans le blocage des innovations en Afrique. Paradoxalement, c’est en filigrane cet état de fait qui freine l’essor des services plus adaptées de la téléphonie mobile en zone rurale. La légitimité des élites dirigeantes africaines ne pourra pas tenir face aux technologies innovantes du futur dans la téléphonie mobile. Le secteur privé africain devrait prendre leur responsabilité, notamment les millionnaires africains, indépendants de l’Etat africain.

La digitalisation de l’Afrique par l’industrie du téléphone « smartphone » mobile ne pourra pas faire l’économie de s’inscrire dans l’innovation que constitue la 5G, ce qui pourrait alors favoriser la production locale de téléphones mobiles par des Africains. Une industrialisation qui débute par la maîtrise d’un marché de niches dans la chaîne de valeurs de la téléphonie mobile n’est pas à exclure. Seuls les pays dont les dirigeants sont « éclairés » ou disposent d’un contrepouvoir dans la société civile pourraient tenter de voir clair pour se lancer dans la 5G en achetant une licence et en formant, aujourd’hui, leurs meilleurs experts de l’industrie mobile !!! C’est en filigrane la conception même de capitalisme à l’africaine qui va être remise en cause.

10.  EN AFRIQUE PAR LA DIGITALISATION

La digitalisation devrait refonder le post-capitalisme en Afrique. Mais un fossé digital va s’accentuer et perdurer entre d’une part, les acteurs qui anticipent et sont conscients des enjeux nationaux, continentaux et mondiaux, et d’autre part, ceux qui ne sont pas conscients ou s’en fiche par irresponsabilité.

Deux Afriques finiront par se confronter au point de voir un « nationalisme » panafricain s’opposer aux héritiers de la postcolonie. Ces derniers devraient voir les Peuples africains les abandonner progressivement pour haute trahison. Une nouvelle élite africaine retrouvera l’âme de son interdépendance au point d’utiliser la digitalisation de sa mémoire collective, son histoire, sa géographie panafricaine, son économie, de sa culture et de sa vie sociale, politique et environnementale pour réapprendre à servir ses populations en priorité en refusant d’abord de vendre le sol africain au plus offrant. Encore faut-il trouver des partenaires sans ambition de contrôle des données des Africains !

Il ne s’agit plus de consommer seulement africain, mais de produire africain. YEA.

1er octobre 2019.

Dr. Yves Ekoué AMAÏZO, Ph D, MBA.

Directeur Afrocentricity Think Tank

© Afrocentricity Think Tank.


Voir AFRICA 24 TV

Interview du Dr Yves Ekoué AMAÏZO, Directeur, Afrocentricity Think Tank

Sujet : Dynamisme du marché de la téléphonie mobile en Afrique subsaharienne

Site : https://youtu.be/t_p4vxjwTzk

https://www.youtube.com/watch?v=t_p4vxjwTzk&feature=youtu.be

Date : 19 septembre 2019 à 15 heure GMT. Lien à partir de 6 mn 22.

Share