3 juin 2026
Source : https://youtu.be/zdLlmc_9H5k?si=-8dZHugJ_Wp5ixsP
Dr. Yves Ekoué AMAÏZO
Directeur général Afrocentricity Think Tank
Le médiateur de la CEDEAO, Lansana Kouyaté (ancien Premier ministre guinéen), a été nommé le 25 mars 2026 pour renouer le dialogue avec l’AES.
1. VELLEITES DE RECONNAISSANCE DE L’AES PAR LA CEDEAO
Sa visite historique au capitaine Ibrahim Traoré à Ouagadougou a eu lieu à la fin du mois de mai 2026), marquant le début concret de sa médiation. Il a préalablement consulté le Président Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire et le Président Diomaye Faye du Sénégal, tous deux considérés comme des voix transmettant la « pensée exécutoire » des autorités françaises. L’objet de sa mission est marqué par une volonté de « reconnaissance » de fait de l’AES afin de trouver des voies de coopérations nouvelles entre les deux entités régionales.
L’objet de sa mission peut se résumer en cinq points :
- Rétablir le dialogue entre la CEDEAO et les pays de l’AES (Burkina Faso, Mali, Niger).
- Favoriser un rapprochement diplomatique et créer les conditions d’un dialogue constructif.
- Œuvrer à une désescalade des tensions et à un rapprochement durable entre AES et CEDEAO.
- Renforcer les passerelles de dialogue sur la libre circulation, la sécurité régionale et le développement.
- Faire reconnaître mutuellement la légitimité des deux parties, sans hiérarchie ni subordination.
2. LE « DEAL » AES-CEDEAO SOUS CONDITIONS
Suite à la visite du médiateur de la CEDEAO, le général Kouyaté, dans un contexte de fortes tensions régionales.
Le capitaine Ibrahim Traoré, président en exercice de l’Alliance des États du Sahel (AES) suggère un véritable « Deal » entre l’AES et la CEDEAO pour permettre une reprise sereine de la collaboration entre deux entités régionales. En effet, la fracture entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et la CEDEAO est profonde car l’AES refuse de reconnaître l’autorité de la CEDEAO, considérée comme sous influence étrangère, accessoirement française, mais pas que.
De fait, la crédibilité de la CEDEAO est mise à rude épreuve face aux coups d’État, au chaos sécuritaire et à la montée des groupes terroristes comme le JNIM.
La journaliste indépendante, Samantha Ramsamy interroge deux spécialistes de la région : Mohamed AG Hamedou, Journaliste et spécialiste du Nord du Mali et Dr. Yves Ekoué Amaïzo, Président de Afrocentricity Think Tank. Ensemble, ils décortiquent les chemins demeurés opaques de la nouvelle diplomatie du « deal » entre l’AES et la CEDEAO dans un contexte de luttes antiterroriste et d’enjeux géopolitiques. Au delà des divergences, il y a malgré tout une volonté de dialogue, et un besoin de mettre fin à l’approche du » tout militaire » qui rencontre ses limites tout en grevant le budget de ces Etats.
Mohamed AG Hamedou a insisté que les populations civiles soient plus épargnées et qu’un dialogue inter-malien pour une transition puisse démarrer avec tous les Maliens pour trouver des solutions africaines
Une proposition clé de sortie de crise doit reposer sur le parallélisme des formes afin que l’AES soit traitée d’égal à égal, sans hiérarchie ou condescendance par la CEDEAO. Pour ce faire, Dr. Amaïzo recommande à l’AES de nommer un représentant officiel, si possible un « général » d’armée pour négocier avec le ou les futur représentants de la CEDEAO, sur un pied d’égalité. Cela permettrait de restaurer la reconnaissance mutuelle, la légitimité des représentations et un agenda commun sur la libre circulation, la sécurité et le développement.
Néanmoins, il est possible de considérer les cinq points suivants comme des préconditions pour une relation CEDEAO-AES apaisée.
3. LES CONDITIONS DU « DEAL » AES-CEDEAO
Suite au silence du médiateur de la CEDEAO, Lansana Kouyaté à la sortie de son entretien avec le président en exercice de l’AES, il convient néanmoins proposer des conditions claires pour rétablir une relation d’égal à égal avec la CEDEAO :
3.1 Reconnaissance mutuelle de légitimité : l’AES exige que la CEDEAO reconnaisse pleinement la légitimité des gouvernements issus des coups d’État dans l’AES, sans condition de retour immédiat à l’ordre constitutionnel occidental.
3.2 Parallélisme des formes : Les négociations doivent se faire entre représentants officiels de l’AES et de la CEDEAO sur un pied d’égalité, sans hiérarchie ni subordination.
3.3 Nomination d’un représentant de l’AES : le Dr. Amaïzo recommande, du côté de l’AES, de désigner un représentant officiel pour traiter directement avec le représentant de la CEDEAO, afin d’institutionnaliser le dialogue.
3.4 Agenda commun sur la souveraineté : l’AES exige un agenda partagé sur la libre circulation, la sécurité régionale et le développement, fondé sur la souveraineté nationale et non sur des diktats et ingérences externes.
3.5 Fin de l’improvisation diplomatique : l’AES par la voix du Président Traoré insiste sur la nécessité d’un dialogue structuré, transparent et respectueux, au lieu de relations imprévisibles et belliqueuses.
3.6 sur la lutte contre le terrorisme et les pays qui servent de repli à des mercenaires-terroristes-djihadistes, il faudra nécessairement que certains Etats de la sous-région jouent double-jeu ou servent de proxis à des intérêts étrangers occidentaux ou arabes.
La stratégie de sortie de crise devra alors reposer sur l’instauration d’un dialogue sur des bases d’égalite entre bloc régional et si possible avec des experts indépendants y compris de la Diaspora, l’institutionnalisation des procédures de dialogue qui devra être centré sur la transparence et la souveraineté, et enfin le problème de la la sécurité et du développement communs devront reposer sur la « solidarité » et moins sur la domination, la confrontation ou la volonté de tromper la vigilance des dirigeants de l’AES pour leur faire un coup d’Etat. Pour ce faire, des gestes de détente devront aussi provenir des dirigeants de l’AES.
4. CONCLUSION : LA PAIX REPOSE SUR UNE VOLONTE POLITIQUE SANS INGERENCE EXTERIEURE
La stabilité de l’Afrique de l’Ouest et du Sahel dépend de la volonté commune des dirigeants de l’Afrique occidentale pour sortir de la crise importée sans passer par la case « improvisation ». Pour cela, les dirigeants de l’AES devront laisser plus de place à la liberté de parole, la transparence, le respect mutuel de tous les concitoyens et poser les bases d’une vision commune africaine au delà même du Sahel.
En définitive, la clé de la crise réside dans un dialogue structuré et égalitaire entre AES et CEDEAO, plutôt que dans une relation de soumission ou de confrontation.
3 juin 2026
Dr. Yves Ekoué Amaïzo, Ph.D., MBA
Directeur général Afrocentricity Think Tank
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