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Collectif pour la Vérité des Urnes

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LE MALI, LA COTE D’IVOIRE ET LA CEDEAO : QUI TROMPE QUI ?

12 septembre 2020 par Yves Ekoué Amaïzo

Pour la Radio Kanal K – Emission « Fenêtre sur l’Afrique » INTERVIEW :

Journaliste : M. Sylvain AMOS

Invité :  Dr Yves Ekoué AMAÏZO

https://media.blubrry.com/cvu_togo_diaspora/podcasts.cvu-togo-diaspora.org/FSA-12-09-2020-le-mali-la-cote-d-ivoire-et-la-cdao-qui-trompe-qui-YEA.mp3

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Coordonnateur général du Collectif pour la Vérité des Urnes 1

CVU-TOGO-DIASPORA

yeamaizo@cvu-togo-diaspora.org

12 septembre 2020

  1. Dans son obsession pour un troisième mandat et à la rechercher de quitus, Alassane Ouattara, le Président ivoirien, a été reçu par, Emmanuel Macron, le Président français. Aucune information officielle n’est communiquée à l’issue de la rencontre. Sur la toile, on lit diverses interprétations attribuées au Président Français. Quelle est votre de lecture de la situation ?

YEA : Je vous remercie pour l’invitation. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas eu d’information officielle sur la rencontre du 4 septembre 2020 entre les deux présidents. L’Elisée a annoncé que les discussions ont porté sur la Côte d’Ivoire et la situation politique créée par le revirement d’Alassane Ouattara de se présenter malgré tout à la présidence de la République pour un 3e mandat, considéré comme anticonstitutionnelle et relevant de l’abus de droit et de pouvoir. Le Coup d’Etat militaire au Mali avec le renversement le 18 août 2020 de l’ex-Président Ibrahim Boubakar Keita dit IBK était aussi à l’ordre du jour.

L’élection présidentielle ivoirienne du 31 octobre avec un Alassane Ouattara de 78 ans qui a juré de laisser la place aux « jeunes » a mis Emmanuel Macron dans l’embarras. Il est vrai que le décès imprévu, inexpliqué diront certains, de son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly qui avait été adoubé et investi comme candidat du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) est l’argument béton utilisé par Alassane Ouattara pour ne pas « respecter le principe des deux mandats imposés par lui-même à l’ex-Président Laurent Gbagbo. Même l’église catholique ivoirienne estime que la « candidature de Alassane Ouattara n’était pas nécessaire ».

Même si selon les communiqués de la présidence ivoirienne, M. Ouattara a notamment félicité la France pour :

  1. son assistance dans la lutte contre le terrorisme ; et
  2. son appui dans le cadre de l’assistance électorale en Côte d’Ivoire,

il faut reconnaître que bien que la France ne veuille pas officiellement cautionner le coup de force institutionnel en cours mais accepte d’apporter sa confiance à Alassane Ouattara pour briguer un 3e mandat comme étant un premier mandat, le fameux « remise à zéro des compteurs » dès lors qu’il s’agit de trafiquer la Constitution en Afrique.

Le revirement électoral d’Alassane Ouattara semble donc arranger la France qui a déjà accepté le 4e mandat anticonstitutionnel de Faure Gnassingbé au Togo et s’apprête à accepter le 3e mandat du Président de Guinée, Alpha Condé.

Aussi, comme il est question de renforcer « la paix et la stabilité » dans le pré-carré français en Afrique, le respect des Constitutions africaines devient un point secondaire, voire facultatif.

Personne ne peut oublier le rôle de la France de Nicolas Sarkozy dans le bombardement de la Présidence ivoirienne pour y dénicher le locataire de l’époque, Laurent Gbagbo. Alors quand la France dit s’inquiéter de la montée des tensions et de la violence en Côte d’Ivoire dix ans après la crise post-électorale qui avait fait 3.000 morts, alors qu’elle porte en partie une lourde responsabilité en refusant de recompter les bulletins de vote pour déterminer qui de Laurent Gbagbo ou d’Alassane Ouattara aurait gagné sur la base de la « vérité des urnes » en Côte d’Ivoire, il est difficile de ne pas penser que certaines décisions de la France en Afrique pourraient se résumer au rôle d’un pompier-pyromane. Ce dernier agit dans un silence coupable. Pourtant, la Côte d’Ivoire de 2020 pourrait nous réserver des surprises. Le Mali pourrait s’avérer n’être d’un début des bouleversements liés au réveil du Peuple africain, de plus en plus conscients de son pouvoir et de sa marginalisation par les dirigeants africains notamment en zone francophone.

  1. Au Mali, le Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) résiste aux agitations de la CEDEAO. Vous en tant qu’observateur, comment expliquez-vous ce bras de fer ?

YEA : Le bras de fer est perdu d’avance par la CEDEAO qui travaille pour les chefs d’Etat africains et des intérêts étrangers et non pour les Peuples africains.

Le Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP), dès le 18 août 2020, a décidé de « prendre ses responsabilités devant le Peuple et devant l’histoire, d’assurer la continuité de l’État et des services, et récemment « d’organiser la gestion de la transition » avec à la clé des élections libres pour une retour à la démocratie.

Le Mali est membre fondateur de la CEDEAO. La CEDEAO a oublié de lire attentivement son propre protocole additionnel dit « Protocole A/SP1/12/01 sur la démocratie et la bonne gouvernance additionnel au protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité », voir (http://proadiph.org/Protocole-de-la-CEDEAO-A-SP1-12-01.html). Dans son article premier, alinéa b, il est stipulé que « Toute accession au pouvoir doit se faire à travers des élections libres, honnêtes, et transparentes ». Quand cette accession au pouvoir se fait sur la base de la contre-vérité des urnes, la CEDEAO est silencieuse.

L’alinéa c) stipule que : « Tout changement anti-constitutionnel est interdit de même que tout mode non démocratique d’accession ou de maintien au pouvoir ». Mais lorsque les chefs d’Etat en exercice « remettent les compteurs à zéro » après avoir modifié la Constitution, la CEDEAO est silencieuse.

L’alinéa d stipule que : « La participation populaire aux prises de décision, le strict respect des principes démocratiques, et la décentralisation du pouvoir à tous les niveaux de gouvernement » est un droit des Peuples africains. Mais quand le Peuple exige cette participation populaire aux décisions, la CEDEAO est silencieuse. Le cas du Mali et du Togo sont des exemples de l’inconsistance des chefs d’Etat de la CEDEAO.

En résumé, l’esprit du protocole additionnel est que les Chefs d’Etat de la CEDEAO sont censés servir les Peuples et non usurper leurs fonctions pour assainir des menaces et des sanctions, surtout que ces dernières ne font qu’augmenter la misère des populations. Bref, la CEDEAO n’est pas responsable devant les Peuples, mais semblent s’aligner sur les positions occidentales, contraire à celles des Peuples africains, celles du Peuple malien en particulier.

Pour revenir à la CNSP, il faut rappeler que la feuille de route de la junte malienne, en constante ajustement, insiste sur une transition apaisée, la mise en place d’un collège transitoire composé de 24 membres dont 18 civils et 6 militaires. « Ce collège sera dirigé par un président désigné par ses membres. Le président du collège assumera les fonctions de chef d’Etat et de président de la transition » énonce cette feuille de route. Toutefois, ce point est en discussion car il est question que le Président ne soit pas un militaire mais un civil, quitte à ce que le poste de 1er ministre soit attribué à un militaire.

La mise en place d’un organe législatif transitoire, une sorte de « constituante » est en préparation et c’est cette institution qui sera chargée et aura la responsabilité d’organiser les élections triples (législatives, locales et présidentielles) entre 2021 et la fin de la période de transition non encore fixée et oscillant entre 12 mois pour la CEDEAO et 36 mois pour la junte au pouvoir. Aucun membre du collège transitoire ne pourra se représenter aux futures échéances électorales ». Mais les militaires pourraient avoir « volé » la « victoire » du Mouvement citoyen et politique du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RPF). Toutefois, une alliance objective est en train de se constituer depuis le départ du Président Ibrahim Boubacar Kéita pour les Abu Dhabi, Emirats Arabes Unis et la dissolution de l’Assemblée nationale. La formation d’un gouvernement d’union nationale restreint (d’environ 15-20 membres) serait en discussion, comme au demeurant la révision constitutionnelle, la libération du chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé l’organisation d’un forum national sur la paix et la cohésion nationale, et différentes négociations avec les institutions nationales, régionales et internationales.

  1. A La Tribune du 57e sommet CEDEAO, le Président Nigérian Muhammadu BUHARI prend position contre les chefs d’Etat qui veulent briguer un 3ème mandat. Quelle lecture faites-vous de ces mots qui ne parviennent pas à dissuader ni à guérir le mal ?

YEA : Le Président du Nigeria n’a pas pu agir pour le Togo, ni le Mali au cours de son mandat à la tête de la CEDEAO. Donc ce n’est pas lorsque le Ghana du Président Nana-Akufo prend la présidence qu’il pourra modifier la position de la majorité des 15 pays membres de la CEDEAO.  Le Président Buhari marque sa différence. Mais d’autres présidents, moins courageux, observent un silence trompeur. On peut citer la Guinée-Bissau et le Bénin. Mais comme il fallait condamner d’abord le coup d’Etat militaire, il y a eu consensus. Toutefois, il est difficile de changer le conservatisme de la CEDEAO. Mais le Peuple africain finira par le faire, comme cela se passe au niveau national dans les pays où les abus de pouvoir et de droit finissent par favoriser les insurrections, l’unité de l’opposition et le réveil d’une armée républicaine.

4- Si le ton monte face aux velléités de troisième mandat, pourquoi ce silence de Buhari et ses pairs sur le 4ème mandat de Faure Gnassingbé ? Cette position à géométrie variable de la CEDEAO n’encourage-t-elle pas certains Chefs d’Etat à aller au-delà de la limite du mandat constitutionnel ?

On ne peut pas dire que le Président Buhari du Nigeria soit resté silencieux. Il est simplement mis en minorité au sein de la CEDEAO car sa position sur l’importance du respect de la Constitution et de deux mandats présidentiels est connu. Par contre, la position de la CEDEAO que vous considérée comme ayant des positions à géométrie variable me paraît plus crédible. La CEDEAO sait que ses sanctions et autres mesures coercitives contre les militaires se retournent contre le Peuple africain. De fait, en n’étant pas ferme tant sur la contestation de la contre-vérité des urnes ou en refusant d’accompagner intelligent un processus de réformes structurelles d’un Etat, la CEDEAO objectivement encourage les Chefs d’Etat non respectueux des Peuples africains et des Constitutions, à s’affranchir des délais qu’imposent la Constitution d’un pays pour le mandat présidentiel.

Je vous remercie. YEA.

Dr. Yves Ekoué AMAÏZO

Coordonnateur général, Collectif pour la Vérité des Urnes (CVU-TOGO-DIASPORA).

Membre de la Direction du Réseau de Coordination de la Diaspora Togolaise Indépendante (RCDTI)

12 septembre 2020.

© CVU-TOGO-DIASPORA.ORG

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    10 septembre 2020

Notes:

  1. A ne pas confondre avec une structure locale créée pour créer la confusion dans l’esprit du Peuple togolais et qui n’a jamais financé, ni influencer, ni dirigé le CVU-TOGO-DIASPORA qui reste indépendante en pensée, en parole et en action. ↩

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Yves Ekoué Amaïzo
Dr. Yves Ekoué Amaïzo (Ph. D. MPhil, MBA, MA) est le Président fondateur et le Directeur général de Afrocentricity Think Tank. Ce groupe d’analyse, d’influence et de conseils offre des points de vue alternatifs et des conseils aux dirigeants des Gouvernements africains, aux entreprises considérant l’Afrique comme un marché d’avenir et aux organisations de la société civile africaine y compris dans la Diaspora. Il s’agit de limiter les effets pervers des guerres non cinétiques allant à l’encontre des intérêts des peuples africains.
Une équipe d’experts et de consultants multidisciplinaires peut être mis à disposition dans le cadre d’une demande spécifique pour prodiguer des conseils de haut niveau, des analyses comparatives et de compétitivité et des recommandations opérationnelles. Le tout peut faire l’objet de conférences ou de réunions.
S’imposant de plus en plus comme une référence dans la pensée alternative sur l’Afrique et les Africaines et les Africains, Afrocentricity Think Tank a acquis le statut de « faiseur d’opinions” et ne laisse personne indifférent.

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