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Fermeture des comptes d’opération de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) logés auprès du Trésor français

7 avril 2022 par Yves Ekoué Amaïzo

FACEBOOK DIFFUSION – www.facebook.com/watch

Nom du Journaliste : M. Ibou SY, Adresse : Bamako, Mali

Nom de l’invité : Dr. Yves Ekoué AMAÏZO, économiste spécialisé en stratégie et mutabilité,

Directeur de Afrocentricity Think Tank

Date de l’émission : 05 avril 2022, mise en ligne sur Afrocentricity Think Tank, le 7 avril 2022.

Sujet : Fermeture des comptes d’opération de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) logés auprès du Trésor français

ECOUTER L’INTERVIEW :

  1. https://youtu.be/4mDHSxznEg0

QUESTIONS ET RÉPONSES

1. Ibou SY : Est-ce que les comptes d’opération de la BCEAO et logés auprès du Trésor français sont effectivement fermés ? Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Dr. AMAÏZO. La réponse est oui. Les comptes d’opération sont fermés conformément à une décision antérieure dans le cadre de la réforme d’un point de vue français du fonctionnement de la zone franc en Afrique de l’Ouest.

Les comptes d’opérations

La France a lié par des accords de coopération monétaire les trois zones ou espaces monétaires suivantes en Afrique, comme des formes modernes de limitation de la souveraineté monétaire, économique et financière des pays en fait sous tutelle. Un nouvel accord de coopération monétaire daté du 21 décembre 2019 a remplacé l’ancien accord datant de 1973.

Rappelons rapidement les pays membres des trois espaces monétaires de la zone franc.

  • Union économique et monétaire Ouest-africaine (UEMOA) : huit Etats membres : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo et utilisent en commun le Franc CFA d’Afrique de l’Ouest (ou XOF) ;
  • Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) : six pays : le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad et utilisent le Franc CFA d’Afrique centrale (XAF)
  • Union des Comores : accord de coopération monétaire spécifique et utilise le Franc comorien (KMF).

Les trois banques centrales des trois principales espaces monétaires ont un accord secret avec la France au plan monétaire et économique à savoir les huit pays francophones d’Afrique de l’Ouest, les six d’Afrique centrale et les Comores.

Les comptes d’opérations répondent à l’obligation de la France d’exiger des pays concernés par espaces monétaires de déposer une partie de leurs réserves de change sur des « comptes d’opérations » ouverts auprès du Trésor français, ce au nom de chaque banque centrale. On parle de « centralisation des réserves de change : une fois au niveau des banques centrales faitières (BCEAO pour l’UEMOA, BEAC pour la CEMAC, et Banque centrale des Comores pour les Comores). Le dépôt auprès du Trésor français doit être d’au moins de 50 % des réserves pour la région d’Afrique centrale et de 65 % pour l’Union des Comores.

La centralisation des réserves de change apparaît à deux niveaux :

Il convient de noter que cette obligation de centralisation des réserves de change ne concerne plus la zone UEMOA depuis le nouvel accord de décembre 2019. Ainsi, la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) n’est plus tenue de déposer 50 % de ses réserves de change auprès du Trésor français. L’argent qui a été déposé et non utilisée a été affectée et les sommes nouvelles collectées par la BCEAO ont des affectations avec des décideurs qui ne semblent pas être les Africains, puisqu’une partie substantielle de ces réserves servent d’abord à soutenir l’économie des pays riches ou des institutions financières multilatérales qui ont les pays riches comme principaux actionnaires.

Les modalités de fonctionnement des comptes d’opérations reposent sur des injonctions conclues entre le ministre français de l’économie et des finances et la Direction de chacune des Banques centrales de ces trois espaces monétaires membres de la zone franc. Ces Banques centrales émettent la monnaie et sont donc des instituts d’émission. En réalité, il s’agit en retour d’obtenir des prêts de la France avec en filigrane le pari que ces comptes ne deviennent pas débiteurs. Que ces comptes soient créditeurs ou débiteurs, la France, unilatéralement, décide de garantir ou pas la convertibilité du Franc CFA et indirectement l’argent des Etats africains.

Il faut savoir que depuis janvier 2020, la BCEAO ne dispose plus de compte d’opérations auprès du Trésor français et ce n’est que récemment que les comptes ont été effectivement fermés.

  1. Ibou SY : Est-ce que les comptes d’opération de la BCEAO et logés auprès du Trésor français sont des mécanismes subordination des pays africains à la France ?

Dr. AMAÏZO. La réponse est oui. Les mécanismes de subordination monétaire entre la France et l’espace zone franc reposent sur quatre principes fondamentaux : la garantie de convertibilité, la fixité des parités, la libre transférabilité et la centralisation des réserves de change. Ces mécanismes ont évalué au gré des pressions français ou des populations africaines, sans pour autant que la décision effective revienne aux décideurs africains.

La France estime qu’elle n’est qu’un garant financier alors qu’elle décide en catimini. Le régime de change dans la zone UEMOA, depuis la dernière dévaluation, est resté inchangé, et repose sur une parité fixe entre l’euro et le Franc CFA (UEMOA comme CEMAC). La garantie de convertibilité imposée par la France ne fonctionne pas toujours dans la pratique et semble bloquée ou soumise à des conditionnalités en fonction des intérêts de la France, que ce soit l’Etat, le patronat ou les entreprises multinationales françaises.

  1. Ibou SY : Est-ce que la libre transférabilité de l’argent des Africains est garantie ?

Dr. AMAÏZO. En principe, la libre transférabilité est ce qui est proposée par la France au pays africains de la zone franc. En théorie, les transferts, les transactions courantes, les mouvements de capitaux, sont en principe libres au sein de chacune des unions monétaires et à l’intérieur de la Zone franc. La réalité est que pour passer du FCFA d’Afrique de l’Ouest vers le Franc CFA d’Afrique centrale ou vice-versa, il faut payer des commissions et charges onéreux au point que cela bloque littéralement cette libre transférabilité. Il en est de même de manière plus feutrée pour convertir le Franc CFA en Euro, puis vers d’autres devises.

  1. Ibou SY : Où est parti l’argent des Etats africains qui étaient sur les comptes d’opération de la BCEAO et du Trésor français ?

L’information a circulé que le compte des opérations de l’UEMOA a été clôturé et les ressources qui y étaient déposées avaient été investies ailleurs. Les avoirs extérieurs des pays membres de la BCEAO ont effectivement diminué drastiquement. L’argent en question a été réparti en principe de la manière suivante selon mes propres sources : Une partie vers des entités dits « correspondants » qui ne sont pas les Etats africains, et une autre partie, investies dans des titres financiers.

La notion de « auprès des autres correspondants » prête à confusion. On pourrait croire que l’argent a été « restitué » aux Etats africains au niveau du compte de ces Etats logés soit à la BCEAO ou dans les pays respectifs. Il n’en est rien. Par contre, il faut bien constater qu’au niveau de la BCEAO, le fameux compte dit « autres correspondants » est passé de 332 milliards de FCFA à 3.540 milliards en 2021. L’argent des pauvres a donc été transféré vers les correspondants des pays riches.

Sur des titres monétaires et financiers qui sont facilement transformables en liquidités, il y a là aussi beaucoup d’imprécisions… Personne ne sait quelle a été la valeur effective attribuée à ces titres… Il y a pu avoir de la perte, voire de l’arnaque lors de la conversion de l’argent des Africains en des titres monétaires et financiers.

  1. Est-ce que ce sont les dirigeants africains qui ont pris les décisions d’affecter l’argent des Africains vers les pays ou institutions des pays riches ?

Dr. AMAÏZO. La réponse est non. Ce ne sont pas les dirigeants africains ou même ceux de la BCEAO en réalité qui ont pris la décision d’affectation, même si les dirigeants africains vont en porter la responsabilité. La décision serait le fait des dirigeants des pays occidentaux, en l’espèce les dirigeants français. En réalité, c’est d’importantes sommes d’argent des pays de l’UEMOA, soit 2.702 milliards de FCFA (source Agence ECOFIN) qui ont été prêté à des pays riches de la zone Euro, des Etats-Unis et d’autres pays de l’OCDE. Bref, l’argent des pays pauvres sert à financier les pays riches, ou des agences et institutions financières internationales. Autrement dit, la BCEAO aurait prêté l’argent des pauvres africains de l’UEMOA à des institutions comme la Banque mondiale, le FMI, la BAD, etc. On ne peut pas mettre en cause la compétence des responsables de la BCEAO qui n’ont aucun intérêt à ne pas travailler pour leur pays respectif. Il ne s’agit donc pas d’une décision monétaire, économique ou financière, mais bien d’une décision politique qui ressemble à de la servitude monétaire.

La réalité est que lors des transferts ou convertibilité vers des correspondants comme dans des titres financiers, il y a eu de véritables pertes de valeurs, c’est ce que j’appelle l’arnaque des Etats Africains. En effet, qui a décidé que cela devrait se passer comme cela ? Pourquoi faut-il en priorité financier les activités de développement de pays africains classés parmi les pays pauvres ou intermédiaires ? Vraisemblablement la réponse est la France. Personne ne peut comprendre pourquoi l’argent des Etats africains ne sert pas à financer les activités de développement, mais à financer des besoins des pays riches. Il y a aussi le problème des pertes latentes, c’est-à-dire que les pays africains risquent de perdre régulièrement et petit à petit leur argent placé auprès de pays riches. Les charges pour les pays africains sont de plus en plus élevées avec déjà des pertes de 46 milliards de FCFA. Donc, les pays riches vont émettre des charges et des commissions qui vont faire disparaître cet argent en quelques décennies…

Je vous remercie.

5 avril 2022 mise en ligne le 7 avril 2022.

© Afrocentricity Think Tank et Ibou Sy, Journaliste.

Dr. Yves Ekoué AMAÏZO

Directeur Afrocentricity Think Tank

7 avril 2022

© Afrocentricity Think Tank

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Yves Ekoué Amaïzo
Dr. Yves Ekoué Amaïzo (Ph. D. MPhil, MBA, MA) est le Président fondateur et le Directeur général de Afrocentricity Think Tank. Ce groupe d’analyse, d’influence et de conseils offre des points de vue alternatifs et des conseils aux dirigeants des Gouvernements africains, aux entreprises considérant l’Afrique comme un marché d’avenir et aux organisations de la société civile africaine y compris dans la Diaspora. Il s’agit de limiter les effets pervers des guerres non cinétiques allant à l’encontre des intérêts des peuples africains.
Une équipe d’experts et de consultants multidisciplinaires peut être mis à disposition dans le cadre d’une demande spécifique pour prodiguer des conseils de haut niveau, des analyses comparatives et de compétitivité et des recommandations opérationnelles. Le tout peut faire l’objet de conférences ou de réunions.
S’imposant de plus en plus comme une référence dans la pensée alternative sur l’Afrique et les Africaines et les Africains, Afrocentricity Think Tank a acquis le statut de « faiseur d’opinions” et ne laisse personne indifférent.

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Dr. Yves Ekoué Amaïzo (Ph. D. MPhil, MBA, MA) est le Président fondateur et le Directeur général de Afrocentricity Think Tank. Ce groupe d'analyse, d’influence et de conseils offre des points de vue alternatifs et des conseils aux dirigeants des Gouvernements africains, aux entreprises considérant l'Afrique comme un marché d'avenir et aux organisations de la société civile africaine y compris dans la Diaspora. Il s'agit de limiter les effets pervers des guerres non cinétiques allant à l'encontre des intérêts des peuples africains.
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